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Encore une grande ville indienne, avec son lot de quartiers typiques, de monuments antiques ou modernes, et son artisanat réputé (les objets en bois de santal, la soie et les pashminas). La ville est surtout connue pour son énorme palais, célébration dans la pierre de la renommée de la famille royale locale dont le règne a cessé il y a bien longtemps, mais qui a en tout cas fait construire ce palace magnifique et totalement mégalo au tout début du XXème siècle. Pour nous, Mysore c’est surtout une ville-étape sur la route d’Ootacamund (à vos souhaits), encore appelée Ooty, une petite station de montagne qui abrite les plus belles plantations de thé d’Inde du sud… Ne sachant pas trop ce qu’il y a à voir ici, à part le palais que, paraît-il, il faut absolument aller admirer en soirée le samedi et le dimanche uniquement (car alors illuminé par la magie de la fée Electricité) – raison pour laquelle nous arrivons un vendredi et repartons un dimanche –, nous acceptons d’embaucher un rickshaw-wallah pour la journée : lui, il sait où nous emmener… Et d’ailleurs on compte sur lui parce qu’on a hâte de sortir de note hôtel, qui est vieillot et, surtout, d’un glauque flippant (ces murs verts et carrelés jusqu’à mi-hauteur et cet éclairage au néon nous font fuir notre chambre sitôt habillés). D’ailleurs hier nous n’avons même pas dîné ici, mais sommes allés manger au restau-sur-le-toit de l’hôtel voisin : vachement plus sympa.

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Bref, nous voilà partis avec un chauffeur absolument charmant même si son nom est imprononçable (raison pour laquelle, dans cette chronique, nous l’appellerons « l’homme de Mysore »). Il nous explique qu’on va commencer par le temple de Chamundeshwari (ça aussi c’est difficilement prononçable en fait…), ou autrement dit le temple de Parvati/Durga. Parce que oui, dans l’Hindouisme, un dieu peut en cacher un autre… petite parenthèse donc, pour vous expliquer que dans l’Hindouisme, il y a environ 30000 divinités (oui, vous avez bien lu…) mais qu’en fait une seule divinité peut en faire plusieurs compte tenu de : 1- ses multiples incarnations et réincarnations successives (ce qu’on appelle des « avatars », comme par exemple ceux de Vishnou qui prend forme humaine à chaque génération, histoire de sauver un peu le monde, on peut citer Krishna et Rama), et 2- sa propension à porter un nom différent en fonction de l’attitude qu’elle incarne. Par exemple, Durga est, tout d’abord, un avatar de Parvati, et possède, ensuite, neuf formes différentes selon le pouvoir incarné par elle à tel ou tel moment, chacune portant donc un nom différent : on va vous épargner, mais citons par exemple, Lalita (« celle qui joue ») ou Bhairavi (« celle qui donne la mort »… bah ouais, faut pas trop l’énerver, Durga). Chamundeshwari est encore une autre forme de la déesse, qui fait référence à une légende particulière ou elle vainquit deux personnages maléfiques. En gros, dans ce temple de Mysore, on révère Parvati-sous-sa-forme-de-Durga-au-moment-précis-de-sa-victoire-contre-les-frères-Asura, ce qui se résume par le nom de Chamundeshwari… finalement plus facile à prononcer que la longue épithète ci-dessus. Voilà, fin de la parenthèse, vous pouvez respirer.

En tout cas, la montée au temple, situé sur une haute colline, est un vrai plaisir, même si la vue reste encore un peu bouchée à cette heure matinale (on devine seulement les forêts de bois de santal avoisinantes). S’extirper de la pollution de la grande ville est bienvenu, et les abords du temple, très animés, sont, ma foi, fort sympathiques.

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La ville n’étant pas très touristique, nous sommes les seuls occidentaux en haut de la colline, mais de nombreux pèlerins indiens se font harceler au même titre que nous par les petits vendeurs d’images et de statuettes saintes. Devant le temple, sur la place, de nombreux étals proposent des fleurs fraîches (pour la chevelure des femmes et des enfants) et des noix de coco agrémentées de fleurs elles aussi (pour les offrandes). Un premier stand « Ici on brise les noix de coco » est d’ailleurs placé fort commodément à deux pas devant l’entrée du temple ; des mares de couleurs vives (rouge, jaune, orange) ornent les rebords du bassin où s’effectue l’opération (les pèlerins y trempent le doigt pour s’orner le front de signes religieux, tikkas et autres…).

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Le temple en lui-même n’est pas exceptionnel, et est surtout connu pour la magnificence de ses portes et piliers en or et argent massif… Hélas pour nous, il est en réfection, et toutes les portes ont été décrochées de leurs gonds pour être nettoyées par les prêtres eux-mêmes (et qui dira encore que brahmane c’est la planque, après ça ?). Il nous reste les piliers, et tout un amoncèlement d’objets sacrés posés en vrac dans la cour intérieure, parmi lesquels deux éléphants en argent massif donc la queue est en crin – ce qui nous vaudra une bonne rigolade lorsque l’un des deux appendices se mettra soudainement à trembler et à tournoyer, agité par la présence dans les flancs de l’éléphant d’un rat grignoteur… Le rituel est parfaitement orchestré : en entrant, le pèlerin se dirige soit sur la gauche, pour faire briser sa noix de coco sur l’autel prévu à cet effet, et rejoindre ensuite la file d’attente pour l’accès au sanctuaire de la déesse ; soit directement dans la file s’il a déjà fait préparer ses offrandes au stand extérieur. Ensuite, en arrivant à hauteur du saint des saints, il se trace sur le front un ou plusieurs symboles avec les poudres de couleur placées là à cet effet ; enfin, une fois ses hommages présentés à la déesse, il contourne le sanctuaire par la gauche, pour recevoir à son tour une offrande symbolique (petite bouchée de nourriture et/ou gorgée de sirop qu’il boit, la main en coupe, avant de se « coiffer » avec les dernières gouttes) et saluer d’autres dieux (ou d’autres images de la déesse) placés à l’arrière du temple, et enfin revenir jusqu’à l’entrée principale où l’attend une autre offrande, avant de sortir définitivement. Juste après la sortie, une rangée de brahmanes attend d’ailleurs le chaland pour lui proposer des bracelets aux couleurs de l’Hindouisme (rouge, jaune, orange, safran, mais aussi du noir), tressés ou agrémentés d’une effigie de la déesse montée sur le tigre symbole de sa puissance. On choisit, et puis on laisse une obole au montant de son choix…



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En repartant, l’homme de Mysore marque un arrêt au pied de la statue géante du taureau Nandi – ce taureau qui sert de monture à Shiva et est donc considéré comme sacré lui-même. Un prêtre est en train de le nettoyer, et de nombreux pèlerins lui rendent hommage, en terminant leur prière par un petit rituel de chance : il s’agit de placer une pièce sur le corps du taureau et de l’y « coller ». Si la pièce ne se détache pas, c’est bon signe…



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Autour de l’énorme statue, de nombreux vendeurs (de petits objets ou de boissons, comme du jus de canne à sucre, fabriqué sur une place dans une sorte de broyeuse à l’ancienne) et des tailleurs de pierre qui reproduisent à plus petite échelle l’effigie de la bestiole révérée ainsi que d’autres divinités ou animaux sacrés ; ils travaillent vite et bien, et vendent leurs œuvres pour un prix dérisoire… et puis aussi, ils ont vingt ans à tout casser et déjà le nez dans la poussière dix heures par jour… flippant.



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C’est enfin l’heure d’aller voir le palais de Mysore ! Hélas les photos sont interdites à l’intérieur, donc impossible de vous montrer à quoi ressemble un vrai palais de maharadjah dans cet article… Mais en tout cas, nous sommes un peu assommés devant tant de splendeur et, il faut bien le dire aussi, de mégalomanie. Le trône est dix fois plus grand que le maharadjah qui y siégeait, par exemple, et la frise qui célèbre les traditions locales et met à l’honneur l’un des rois de la dynastie court sur un mur tout entier (et les murs sont looooongs…). La décoration est digne de ce qu’on peut imaginer d’un palais indien : piliers à motifs de plumes de paon, plafonds bleu turquoise ou portes en or… Il y a même un ascenseur, installé à l’époque où il s’agissait encore d’un appareil révolutionnaire ! Et bien entendu, les salles du trône succèdent aux salles des audiences qui s’imbriquent elles-mêmes dans la continuité des salles de bal, desservant pour leur part des salles de mariage… bref, ça n’en finit plus. Mais grâce à un audioguide gratuit pour les étrangers (une fois n’est pas coutume, dans un pays où le touriste est toujours requis de payer plus que le local) et plutôt bien foutu, cette visite est aussi intéressante qu’impressionnante.

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Après cela nous déjeunons rapidement dans le restau d’un hôtel et repartons d’abord pour une brève escale aux abords de la cathédrale, puis pour de merveilleuses aventures shoppinguesques en direction d’un emporium – passage obligé lorsque votre rickshaw-wallah vous fait un très bon prix. Et oui, il faut bien qu’il compense quelque part le manque à gagner, et il espère qu’en vous emmenant dans l’une de ces immenses galeries gouvernementales, où l’on vend tout l’artisanat local (et parfois pas que local), vous dépenserez plein de sous – ce qui lui permettra de toucher une jolie commission. C’est de bonne guerre dirons-nous – et puis personne ne vous force à acheter (encore que les techniques de vente indiennes soient particulièrement au point). Mais pour une fois, nous sommes plutôt contents de notre vendeur, qui comprend très vite que notre budget est limité et qu’on veut acheter uniquement de la production locale – et de qualité. Résultat, ici, c’est surtout la soie et les pashminas qui vont nous intéresser… une petite démo pour mieux comprendre ce qu’est un vrai pashmina ? Y’a qu’à demander !



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Après cela nous terminons l’excursion par le quartier musulman de Mysore : on y trouve des apothicaires (je me jette dans la première boutique venue, attirée par ses bocaux et ses rayons d’un autre âge, et repars avec de l’huile de santal et de nénuphar, cette dernière réputée pour chasser les moustiques – qui ne tente rien…) ; un marché de fruits, légumes et poissons séchés fort odorants ; une manufacture de « bidis » (Yann y apprend à fabriquer la cigarette indienne, en fait une simple feuille de tabac roulée sur elle-même) ; des moutons attachés au pied de murs jaunes, bleus ou verts ; et des gamins des rues très excités par notre présence (comme d’hab). Nous y passons un moment très agréable avant de partir en quête d’un cordon pour le petit Olympus, notre appareil photo miniature et étanche – car Yann a perdu le cordon originel (je précise bien que c’est Yann qui a perdu le cordon originel, une fois n’est pas coutume, hein).







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En nous déposant à l’hôtel, l’homme de Mysore propose de nous emmener prendre le bus demain ; il sait justement qu’un bus part pour Ooty demain matin, ça nous arrange. Du coup nous retournons dîner dans le même restaurant qu’hier le cœur léger, tout est organisé. Sauf que… dans le feu de l’action, nous ratons les horaires auxquels le palais est illuminé… c’est con hein ?

Raconté par Amélie

Hampi c’était donc de la balle. Maintenant, il faut revenir dans la grande ville (les Indiens disent une « metro », comme dans « métropole ») pour y reprendre des forces avant de repartir plus au sud. Et puis, il nous reste cette histoire de bagages à renvoyer en France que nous ne pouvons plus remettre à plus tard, maintenant que nous devons recommencer nos trajets en bus…

Jeudi 11 octobre

Après une nouvelle nuit dans le train-couchettes, moins agréable que la première car nous sommes cette fois quatre dans notre « compartiment », nous arrivons tôt le matin à Bangalore. Kirthi n’a répondu à aucun de mes messages/appels, je suis un peu inquiète, nous ne savons pas où aller… Du coup c’est Sai qui nous récupère, car il a, lui, décroché son téléphone… Il nous donne son adresse et nous filons chez lui, très surpris qu’une jeune femme nous ouvre la porte ; nous ne le savions pas en couple… et c’est alors que je reconnais Meera, une excellente danseuse de Bollywood que j’ai connue lorsqu’elle avait 16 ans et qu’elle débutait la salsa, et qui était venue passer quelques jours chez moi à Shanghai avec son pygmalion Anup lorsqu’elle avait 20 ans. Bref, tout ça me fait bien rigoler : c’est un peu les Feux de l’Amour à Bangalore ! Tous les salseros que j’ai connus en couple se sont séparés et recasés avec d’autres salseros que je connaissais aussi (pas qu’à Bangalore d’ailleurs), comme si personne n’osait (ou ne voulait) aller chercher chaussure à son pied en dehors du milieu salsa. Au temps pour l’exogamie. En tous les cas c’est Meera, accompagné du chien Pemba avec qui Yann va devenir très copain, qui nous ouvre la porte et qui nous prépare le petit-dej, « parce que la femme de ménage de Sai est en congé » dixit. Sic. Eh oui c’est ça les hommes indiens : ils ne savent pas faire cuire un œuf ou laver une chaussette ! Meera, qui a donc son propre appartement et qui, d’habitude, ne dort pas toutes les nuits avec Sai, s’est donc installée chez lui pour trois semaines jusqu’au retour de sa femme de ménage. Ça en dit long sur le statut de l’épouse en Inde… Cela dit ça fonctionne pour tous les deux, ils sont contents comme ça, et nous accueillent avec beaucoup de gentillesse. Meera est bavarde comme tout, elle est contente de pouvoir parler de ses souvenirs avec moi, elle qui a arrêté la danse à la demande de ses parents qui voulaient qu’elle ait un « vrai métier », et qui en crève un peu plus chaque jour… L’appartement de Sai, un appartement de famille, est située dans une résidence chicos et entièrement décoré avec des photos du gourou de la famille, Sai Baba (…et devinez maintenant pourquoi Sai s’appelle Sai…), un petit Indien décédé il y a peu de temps, qui arbore fièrement une touffe de cheveux digne d’orner la tête d’un acteur de la Blaxploitation. Comme ça m’intéresse de savoir qui est cet homme, Sai (le nôtre) me tend une revue où figure un hommage à Sai (le sien) Baba. C’est intéressant parce que, dans la bio du monsieur, on retrouve beaucoup d’éléments « mythiques » qui figurent dans plein de religions – à commencer par le christianisme -, comme la révélation dès l’enfance de l’exceptionnalité du prophète/gourou, qui prononce des paroles de sagesse démontrant sa transcendance à l’âge où les autres gamins font arheu arheu. Je précise que « guru », en hindi, ça veut dire « maître », et qu’il n’y a aucunement l’idée de secte et/ou de danger derrière le mot dans ce pays. Au contraire, il évoque la sagesse et, par là-même, provoque le respect chez tous les Indiens – et ce quelle que soit leur religion. Nous avons par exemple beaucoup vu, depuis que nous sommes ici, des images et des statuettes d’un petit bonhomme à barbe blanche coiffé d’un bandana rouge (ce qui a lui valu d’être surnommé « père Noël » par Yann, toujours très respectueux des choses de la religion), qui, apparemment, n’appartenait à aucune religion précise mais s’est fait aimer de tous pour ses paroles d’amour et de tolérance. Du coup, on trouve son image chez les Hindous, les Sikhs, et même, semblerait-il, les Bouddhistes et les Jaïns (etc etc). Fin de la parenthèse religieuse.

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A 9H Sai nous embarque pour le studio où il a à faire, et puis nous partons pour la Poste où Kirthi nous rejoint avec nos deux sacs (car oui, nous avons DEUX sacs à renvoyer)… et les ennuis commencent. Franchement, envoyer un paquet en France depuis l’Inde ça s’avère plus compliqué que le Routard ne le disait. D’abord, les tarifs ne sont pas ceux que j’ai trouvés en ligne : « Ah ben oui mais ça c’est parce qu’ils viennent de changer ! » me dit l’employé – Moi : « Mais quand ? » – « Oh euh, hier ou avant-hier… »… ben voyons. « Ou alors c’est parce que c’est différent d’un Etat à l’autre. ». Oui. Ou alors c’est encore une autre raison mais on n’en saura pas plus, pas la peine de s’énerver. Ensuite, le système le plus rentable (avion + bateau, envoi sous trois à six semaines) n’existe pas. Pourquoi ? On n’en saura rien. Résultat, il faut payer bonbon puisqu’il nous reste l’avion (cher) ou le bateau (trop long). La bonne nouvelle par contre c’est qu’ici, ils s’en foutent de vérifier le contenu du sac (on n’est plus au Cachemire) : « Vous avez des liquides ou des produits électroniques dedans ? » – « Non. » – « Bah c’est bon. » Ah ben OK alors… Par contre pour les cartons ou le papier-bulle, ici, tu peux te brosser ; il faut ressortir de la Poste, aller chez le tailleur à un bloc de là, consolider le sac un peu vide par endroits en l’enserrant dans une gaine de scotch (« Vous avez du scotch ? » – « Non. ». Bon, alors d’abord : aller acheter du scotch), faire coudre ton sac dans autre sac (en tissu, sur mesure), écrire l’adresse de l’expéditeur, celle du destinataire, et des mentions « fragile » partout, au marqueur sur le tissu (« Vous avez un marqueur ? » – « Non. ». Bon, alors d’abord : aller acheter un marqueur), et ensuite revenir à la Poste en faisant une croix sur le papier-bulle et en priant pour que rien ne soit pété pendant le transport. Et puis faut pas être pressé parce que, chez le tailleur, chacun son rôle : celui qui prend les mesures ne coud pas, et celui qui coud à la machine n’est pas le même que celui qui coud à la main ; or nous avons besoin des deux (le premier pour fabriquer le sac sur mesure, le deuxième pour finir de fermer le sac en tissu une fois notre sac bardé de scotch enfermé dedans… Et nous avons deux sacs en plus car 22 kilos à renvoyer (or la Poste ne peut acheminer que des paquets de 20 kilos maximum) – mais vous croyez que le quatrième larron (dont nous n’avons pas compris la fonction) aurait pu se lever du tas de tissu sur lequel il se vautrait pour venir donner autre chose que des directives – genre un coup de main, par exemple pour coudre le deuxième sac en même temps qu’un autre tailleur avançait sur le premier ? Ben non, chacun son rôle, chacun sa place. Et nous voilà sept à regarder bosser le tailleur-machine, qui, tout seul, finit proprement l’espèce de taie d’oreiller dans lequel un autre tailleur finira de coudre notre sac… Logique interne à l’Inde, pays de plus d’un milliard d’habitants où chacun doit trouver un métier, et personne ne prendre le métier d’un autre…




Ensuite retour à la Poste, mais nous sommes tous les quatre inquiets : ça nous semble bien peu protégés tout ce matos. Et Sai et Kirthi, qui nous ont pris en main, décident qu’il vaut mieux attendre un peu et chercher du papier-bulle pour mieux protéger les sacs, et revenir les poster demain. Bon. En attendant on s’en va manger puis faire un tour au centre commercial pour nous remettre de toutes ces émotions, et puis Sai nous remmène dîner chez lui, où Meera, en bonne petite femme au foyer, nous a préparé à manger et lavé notre linge (on se moque pas, on remercie)…

Vendredi 12 octobre

Dans la matinée nous partons en quête de papier-bulle… ça ne se trouve pas à tous les coins de rue et nous crapahutons pas mal (heureusement, en voiture) avant de trouver notre bonheur. Et comme vous l’aurez deviné, après cela, c’est retour à la Poste – et avant ça, retour chez le tailleur pour faire rouvrir (oui vous avez bien lu : ROUVRIR !!!!) les sacs si péniblement cousus la veille. Cent fois sur le métier… On se sent comme des Pénélope obligées de défaire leur précieuse broderie… Mais Yann et Sai avancent rapidement avec le papier-bulle, et c’est bardés de scotch et du fameux papier protecteur que nous refourrons les sacs dans les taies, et que le tailleur-main recommence son travail. Ensuite il ne faut plus que quelques instants pour confier les sacs au postier, avec un intense sentiment de délivrance – et quand même un peu d’inquiétude.

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Sai et Kirthi sont, du coup, assez à la bourre dans leur programme, et nous les laissons repartir (avec beaucoup de remerciements) après nous avoir déposés au centre commercial, où nous mangeons un bout avant de filer à la gare routière et d’embarquer pour Mysore. Renouer avec les bus indiens nous procure une joie que j’aurais du mal à vous dissimuler – heureusement, le trajet n’est pas long et un gentil rickshaw-wallah nous embarque dès notre sortie du bus en direction de notre hôtel. Nous le réservons pour la journée du lendemain, qui sera la seule que nous passerons dans cette ville et que nous voulons bien remplie…

Raconté par Amélie

Lundi 8 octobre

Nous arrivons en gare de Hospet à-peu-près reposés, la nuit a été calme. Maintenant il s’agit de prendre la navette pour Hampi, située à moins de quinze kilomètres de là. Mais dès notre sortie du train, les rickshaws-drivers sont là, et l’un décide de ne pas nous lâcher d’une semelle : il est de Hampi et veut se trouver des clients pour assurer la course de retour jusque chez lui… On finit par céder, et nous voilà en route pour le village dont tout le monde nous a dit : « Il faut ab-so-lu-ment y aller !!!! » Hampi est en fait bien plus qu’un village, un énorme site archéologique qu’il faut prendre au moins deux jours pour visiter. Ça tombe bien : nous nous en accordons trois. Ramesh, notre rickshaw-driver, traverse le village (guère plus de deux rues où les chèvres broutent au milieu des boutiques – visiblement, le coin est touristique) pour nous déposer tout au bout de celui-ci, en bordure de rivière, dans la guesthouse que nous avions réservée ; elle possède un restaurant « multi-cousins », comme l’indique le panneau – argument non négligeable (comprendre « multi-cuisine »).

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C’est bucolique à souhait : de petits bungalows rustiques (les lattes des cloisons ne sont pas exactement jointives et l’intimité n’est donc que très relative… bienvenue amis papillons, geckos, et moustiques !), groupés autour d’un espace restaurant, surplombent la rivière. De gros rocs ronds semblent flotter au milieu de celle-ci – et nous en avons vu d’autres sur le chemin. Le paysage est original ici… Evidemment, notre nouvel ami Ramesh ne se contente pas de nous déposer à bon port, il essaie aussi de nous vendre ses services pour le lendemain. Et, même si ça nous semble très cher, nous prenons en effet l’option « visite des monuments archéologiques en auto-rickshaw » avec lui, car Yann a un accès de paresse et refuse de partir sur l’option vélo qui m’enthousiasmait plus… pas grave, aujourd’hui on va marcher ! On nous a dit (et nous avons lu) qu’il faut absolument traverser la rivière pour aller voir un peu ce qui se passe de l’autre côté. Aussi partons-nous en direction du grand temple du village (toujours en activité celui-ci), pour le visiter avant de monter dans la petite barque qui fait la navette entre les deux rives. La « grande » artère qui mène au temple est bordée de bâtiments détruits, on croirait qu’un tremblement de terre a eu lieu… En fait, nous apprendrons plus tard que le gouvernement a décidé de débarrasser cette rue de toutes les constructions trop touristiques qui y avaient poussé comme des champignons (restaurants, hôtels et guesthouses), histoire de lui garder sa vocation sacrée (voie d’accès au temple).

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Le temple lui-même est plutôt grand pour un si petit village, et nous avons la surprise d’y trouver une éléphante qui incarne la déesse de la fortune Lakshmi et, en tant que telle, se charge de bénir les passants qui lui versent une obole (car rien n’est gratuit dans l’hindouisme). Les parents aiment surtout présenter leurs enfants à l’éléphante-déesse, même si ça en fait pleurer quelques-uns… Allez, je me lance à mon tour : c’est mouillé dans sa trompe, là où on dépose sa piécette, et un peu surprenant – mais la bénédiction en elle-même est plutôt sympa. Sentir une trompe d’éléphant se poser sur sa tête, ça n’a pas de prix ! Enfin, si 5 roupies… De plus, un local nous signale que l’éléphante Lakshmi prend son bain tous les matins dans la rivière adjacente, à 8 heures précisément, et que c’est un chouette spectacle. Promis, on ne le manquera pas !

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De façon moins surprenante le temple est aussi plein de singes qui courent parmi les sculptures et jusqu’au sommet du gopuram (la tour ornée de moult statues qui marque la porte d’entrée du sanctuaire) et qui se font offrir à manger par les passants…

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Derrière le temple une colline surprenante s’élève ; on la dirait faite toute de pierre, même le sol – ce qui lui confère un aspect lunaire très bizarre. Plusieurs petits temples y sont bâtis, et on y vient aussi pour admirer la vue sur le village. Des touristes indiens nous réclament de poser (gratuitement) avec nous, alors que des « saddhus pour touristes » se baladent en espérant pouvoir monnayer une photo… Inde, terre de contrastes.

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Ensuite nous descendons jusqu’à la rivière ; c’est l’heure du lavoir, quelques femmes font leur lessive, debout ou accroupies dans l’eau, battant et tordant le linge puis l’étendant sur les gradins qui descendent jusqu’à l’eau. Autour d’elles, toujours ces rocs étranges, parfois sculptés de bas-reliefs et notamment du taureau Nandi, qui regarde toujours dans la direction de Shiva… et en effet, un peu plus loin, un petit temple abrite une statue naïve du dieu. Et en contrebas de celui-ci, encore un autre bâtiment – temple désaffecté ou lavoir ? – depuis lequel on attend la navette pour passer sur l’autre rive.

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Nous attendons donc quelques instants puis embarquons dans une barque chargée à bloc ; je suis même à genoux par terre au milieu des Indiennes que ça fait marrer. Heureusement le trajet ne dure que deux minutes, et nous débarquons au paradis des rizières, des bananeraies, et des rocs géants dont la couleur oscille entre le gris et le rose… un paysage magnifique s’étend en effet devant nous. Et plus nous grimpons parmi les rocs, plus ça devient magique : les rizières, de vertes, deviennent dorées avec la lumière qui baisse ; les rocs amoncelés à l’horizon nous évoquent un Colorado jamais vu mais toujours fantasmé ; des myriades de lézards, d’oiseaux et de papillons fournissent à Yann mille occasions de se rouler par terre pour « capter l’instant » où la bête est un peu immobile (bon, OK, moi aussi je me vautre un peu par terre pour filmer un lézard)… en bref, c’est magnifique, et complètement inédit. Nous passons donc un petit moment dans nos rochers, avant de redescendre en direction de la rivière, à l’heure où les buffles rentrent à la ferme.


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Du coup c’est à l’heure du coucher de soleil que nous retraversons la rivière, pour retourner vers notre guesthouse. J’en profite pour aller causer avec les chevreaux qui ont leur étable à deux pas… bêêêê !!!

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A l’heure du dîner, nous prenons place à l’une des tables extérieures : mal nous en prend ! Car c’est aussi l’heure du dîner des lézards, puisque des milliers de larves de… sauterelles ? libellules ? s’extirpent laborieusement des racines de l’arbre où leur mère les a pondues, pour foncer vers le ciel en un tourbillon d’élytres maladroites. Mais sur leur chemin, il y a notre lampe, et certaines se prennent dans l’illusion lumineuse. C’est alors que les lézards, postés silencieusement à l’affût, peuvent se régaler… L’un d’entre eux, que nous ne verrons qu’au dernier moment, se tient même sur le rebord de notre table… une larve vient se jeter directement dans sa gorge, et, sa proie aussi sec avalée, monsieur repart le plus simplement du monde : en saut périlleux arrière. Bref, tout ça pour vous dire que, si le spectacle est fascinant, le repas servi assaisonné d’élytres et les chocs incessants des petites bestioles affolées tombant dans nos cheveux ou contre notre visage n’est pas bien ragoûtant. Les deux petits chiots du propriétaire (Julie et Tony) s’en donnent à cœur joie par contre… On se rapatrie vite fait bien fait dans la grande salle commune pour dîner assis sur des coussins devant un film ; et, grâce à la gentillesse du propriétaire de la guesthouse, Yann obtient même (sous le manteau) des bières (alors que la vente d’alcool est interdite dans le coin)… Et puis au lit, sous la traditionnelle moustiquaire qui ne s’est jamais avérée plus utile qu’à Hampi (non seulement pour nous protéger des moustiques mais aussi de toutes les autres petites bestioles qui prennent pension chez nous… comme des grenouilles par exemple).

Mardi 9 octobre

Journée de visites avec notre rickshaw-driver Ramesh. On va essayer de faire bref pour vous laisser découvrir les photographies – pas la peine de faire des descriptifs des temples hein ! Disons pour résumer que Yann avait sans doute raison d’être paresseux… le site de Hampi est en fait très étendu et en vélo il nous aurait fallu du courage (surtout par ce cagnard). Ce qui, en fait, ne nous a pas empêchés de marcher puisque certains monuments sont reculés au fond d’une enceinte interdite aux véhicules. Quelques temples sont petits (mais très originaux, comme le temple englouti, a priori volontairement construit partiellement sous l’eau), d’autres sont énormes et construits sur des rocs du modèle de ceux que nous avons escaladés hier – beaucoup possèdent des vues magnifiques. Il n’y a d’ailleurs pas que des temples mais aussi de nombreux bâtiments royaux (bains de la reine ou du roi, palais, bâtiments administratifs pour la Cour, écuries royales – pour les éléphants, excusez du peu… – etc…). Tous sont recouverts de bas-reliefs magnifiques (attention, enthousiasme d’ancienne élève en archéologie !) mettant en général le dieu Rama à l’honneur, ou encore montrant de nombreuses figures d’apsaras (des nymphes-danseuses) ou d’autres divinités hindoues, ou bien enfin dépeignant des scènes de chasse au tigre (ou au gibier) ou des batailles à dos d’éléphant.

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Certains bâtiments sont encore en usage mais la plupart sont des ruines archéologiques bien entretenues, mais où les chèvres, les bœufs et autres chevaux viennent brouter, et où les petites couturières/brodeuses/tricoteuses viennent faire leur travail un peu à l’ombre… Nous en avons rencontrées deux avec qui nous avons tapé la discute (dans la mesure de nos moyens, vu leur degré d’anglophonie !). Et un peu partout, les Indiens ont continué de nous demander des photos… on s’habitue.

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Le midi notre chauffeur nous a emmenés dans une espèce d’arrière-boutique de restaurant qui ne payait vraiment pas de mine – le coin ne regorge pas de quatre étoiles il faut dire. Mais le tout c’est que ce soit propre – et ça l’était. Ça nous a permis de discuter un peu avec lui, vu qu’il parle vraiment pas mal anglais : il a trois filles et, contrairement à ce qu’on pourrait penser d’un Indien des couches populaires, pour qui une fille c’est une bouche à nourrir pour rien puisqu’une fois adulte elle appartiendra à sa belle-famille – il en est ravi. Autant vous dire que tous les Indiens ne sont pas des parricides en puissance, en voilà encore une preuve… Et dans l’après-midi, après une dernière visite, c’est nous qui l’avons réveillé de sa sieste pour qu’il nous ramène chez nous. C’est une institution la sieste ici (il faut dire qu’il fait trop chaud pour vraiment bouger vers 14 heures), et les gens dorment là où ils sont : les vendeurs sur leurs étals, et les chauffeurs dans leurs véhicules. Une fois revenus dans Hampi-village, on a fait un peu de shopping, puis je suis partie me faire masser (par une villageoise, et c’était bien !) pendant que Yann retournait sur la colline lunaire reprendre quelques photos. Et le soir, après le dîner à la lumière des bougies, nous avons encore trouvé une (petite) grenouille dans notre bungalow…

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Mercredi 10 octobre

Aujourd’hui, la mère de toutes les grenouilles a élu domicile dans notre bungalow… branle-bas de combat, celle-ci est vraiment énorme, et tient en fait plutôt du crapaud que de la grenouille ! Pour la mettre dehors il nous faut cette fois l’aide de l’un des serveurs, qui la capture dans un sac en plastique pour la relâcher un peu plus bas dans la rivière…

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Après ce petit intermède nous pouvons partir en direction du temple, où nous avons décidé, suivant le conseil des Indiens rencontrés le premier jour, d’aller admirer la baignade de l’éléphante. Et franchement, bien nous en prend… c’est hallucinant ! Nous arrivons juste avant elle sur les marches qui se cachent derrière le temple, et assistons alors à un spectacle fascinant. Le dépaysement est total ; imaginez cet énorme éléphante descendant avec délicatesse les marches pour se rendre à la rivière, où l’attendent déjà une demi-douzaine de prêtres immergés jusqu’à la taille, accompagnée de son cornac et saluée par les génuflexions des Indiens présents qui se rendent au bain ou au lavoir en même temps qu’elle. Une fois arrivée dans l’eau, la bestiole lâche une énorme bouse qui semble ne déranger personne – en plein dans l’eau où les femmes sont déjà en train de tordre leur linge – puis se prête à tout un rituel avant de pouvoir effectuer sa propre toilette : il s’agit de participer à la prière collective en arrosant les prêtres qui marmonnent devant elle, et le tout-venant qui souhaite participer, tout ceci au milieu – toujours – du shampouinage des unes et de la lessive des autres… Enfin, obéissant aux ordres de son cornac, l’éléphante s’agenouille, puis se couche dans l’eau, et un premier nettoyage commence, qui se poursuit quelques instants plus tard dans un autre coin, afin de laisser les prêtres continuer leur prière… Incroyable on vous dit. En plus, la toilette en question dure une bonne heure, pendant laquelle la grosse bébête se laisse consciencieusement frotter au grattoir dans tous les sens – en ayant vraiment l’air d’apprécier. Et moi je rêve de participer à ça et de grimper, moi aussi, sur l’éléphante, pour lui frotter les oreilles à l’éponge. Mais ça n’arrivera pas ; on ne m’invite pas à participer. En revanche, nous profitons du spectacle avec beaucoup d’émerveillement – faut dire que ça ne nous arrive pas tous les jours de croiser une éléphante à la baignade !



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Après cela, nous louons une petite mob pour partir en vadrouille jusqu’aux cascades de Hampi – un endroit que ne mentionne pas le Guide du Routard mais dont on nous a parlé sur place. Hélas, la petite mob en question s’avère vraiment peu puissante, et ça me vaut une bonne crise de rire – et quelques descentes de véhicule dans les montées. Du coup je rebaptise aussi sec la poussive mobylette Cannabis – du nom de l’âne rétif que monte Numérobis dans la version cinéma d’Astérix chez Cléopâtre. Franchement c’est mérité, cette mob est caractérielle…

Et puis au final elle ne nous sert pas à grand-chose puisque, assez rapidement, nous devons mettre pied à terre et finir le trajet sur nos jambes à travers les bananeraies. A l’endroit où nous garons Cannabis se dresse une petite cahute, mi-habitation (une famille avec deux petites filles y habite), mi-café des bois. Nous y achetons une bouteille d’eau et, immédiatement, un jeune garçon se propose pour nous servir de guide. Nous refusons gentiment, mais il insiste, arguant que nous ne trouverons jamais sans son aide ; nous refusons un peu moins gentiment et partons d’un bon pied. Au bout des bananeraies, il faut traverser la rivière (heureusement très basse à cet endroit) en sautant sur de grosses pierres, et puis, une fois passés de l’autre côté… les ennuis commencent : où aller, à gauche ou à droite ? Le jeune garçon, qui nous a suivis, se poste sur un gros caillou et commence à nous avertir : « Not this way ! ». Un peu agacés, nous partons du principe qu’il joue à chaud-froid, mais à l’envers, pour vendre ses services, c’est-à-dire en nous mentant, et nous partons donc dans la direction qu’il nous dit de ne pas prendre… Hélas pour nous, nous faisons erreur sur toute la ligne ; un chien de garde déboule sur notre droite et nous indique très clairement qu’il est hors de question que nous allions plus loin. Son maître, plus aimable, nous précise que les cascades sont dans l’autre direction, alors nous rebroussons chemin. Mais de l’autre côté, le chemin devient très vite impraticable, et nous ne voyons pas d’issue. Aurait-il fallu ne pas traverser la rivière ? L’ado, toujours posté sur sa pierre, se marre et attend que nous le suppliions de bien vouloir nous aider. Evidemment, notre orgueil s’y refuse… mais il faut bien avouer que nous sommes très paumés. Sur ce, un groupe de quatre jeunes British débarque, dans la même situation que nous : ils ont dit non au guide, et ils ne savent plus où aller… Du coup, deux d’entre eux décident de partir en amont de la rivière, pendant que Yann descendra celle-ci en aval et que j’attendrai avec les deux Anglais qui restent. Une petite demi-heure plus tard, Yann revient bredouille… on n’est pas dans la merde. Il fait super chaud, il y a de nombreuses bestioles qui tournent et qui piquent et des locaux qui viennent nous proposer des trucs à fumer – et les British et moi avons épuisé toutes les conversations possibles… on doit s’avouer vaincu et retourner sur nos pas. Tout plutôt que de prendre un guide !!! Mais au final, une fois revenus à la petite cahute où nous sirotons un prix de consolation, nous trouvons ridicule d’être venus jusqu’ici pour rien, et nous acceptons la proposition du propriétaire des lieux : il nous guidera jusqu’aux cascades, et nous le paierons ce que nous voudrons… Et c’est parti pour une nouvelle traversée des bananeraies, puis de la rivière, après laquelle il fallait, en réalité, tourner à droite comme Yann l’avait fait dans ses recherches en solitaire, mais aller bien plus loin en franchissant certains obstacles. Et puis en franchissant aussi une étrange « plage » de sable fin, et encore des cailloux, des roches et des rocs amoncelés qui forment un étrange paysage lunaire du plus parfait effet… dépaysement garanti ! Les eaux, soumises à la sécheresse et à la mousson, ont ici sculpté la roche de façon magnifique et très impressionnante, creusant des trous de plus de six mètres de profondeur ou modelant des profils de statues contemporaines dans les hauteurs… Et, pendant que je ahane à franchir des (petits) gouffres en m’accrochant avec les mains (suis plus douée pour la varappe que pour la marche finalement), Yann bondit souplement – notre guide, lui, est un chamois en tongues…


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Enfin nous arrivons aux cascades ; on aurait pu chercher longtemps !!!! D’abord le chemin pour y arriver n’est ni linéaire, ni fléché ; ensuite les cascades sont « souterraines » !!! L’eau déboule en réalité sous les roches, qui s’écartent parfois pour y laisser accès. Une sorte de piscine naturelle se forme à un endroit, mais nous lui préférons ce que notre guide a appelé le « water massage », où nous nous baignons allègrement avec lui (en vrai gentleman il détournera même les yeux pendant que je me déshabillerai). Il en profite pour rouler un pétard digne de la Jamaïque, assis à califourchon sur une grosse pierre qui surplombe légèrement l’eau (impressionnant comme ses yeux deviennent rouges en un instant… je ne sais pas ce qu’ils fument ici mais ça ne doit pas être du curry).


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Ensuite on retourne vers sa cahute avant de rentrer au village en chevauchant Cannabis, d’abord pour aller la rendre à son propriétaire, et puis pour récupérer nos sacs à la guesthouse. Ramesh vient nous chercher à 18H, nous repartons ce soir pour Bangalore pour y passer deux jours avant de repartir en vadrouille. On n’a pas envie de partir : Hampi, c’était trop d’la balle…

Raconté par Amélie

Bangalore : buvages de coups et salsa. C’est en effet à cela que se résume notre premier week-end à Bangalore. Pas désagréable cela dit en passant, même si Yann et moi ne partageons pas vraiment ces deux activités… à moi la salsa, à lui les drinks – en gros. Ah ben chacun sa spécialité hein !

Samedi 6 octobre

Kirthi vient d’emménager dans un grand immeuble chic – parking et entrée surveillés, piscine, et une salle de bains par chambre dans l’appartement. Elle habite au 13ème étage et donc la vue est assez sympa depuis chez elle… ça inspire tout de suite à Yann une petite photo au fisheye.

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En fait, nous arrivons à Bangalore en un assez mauvais moment, car une énorme manifestation assortie d’une grève est prévue pour aujourd’hui ; les Karnatakais manifestent contre l’injonction du gouvernement central de partager leurs réserves d’eau avec les habitants du Tamil Nadu voisin qui n’ont plus rien pour irriguer leurs champs (la mousson n’ayant pas été bonne cette année). Sans vouloir juger, ça sonne un peu égoïste tout ça – mais l’eau est un problème central dans les pays chauds, agricoles, et en voie de développement (ou pas développés du tout). Ce sont d’ailleurs les prémices de cette manif qui avaient empiré le trafic habituel du vendredi soir lorsque nous sommes arrivés hier. Mais le gros du schmilblic est prévu pour aujourd’hui, et d’après Kirthi, ça va faire mal… A priori, en Inde, toutes les manifestations sont assorties de violences et de « cassages » qui cloîtrent la population chez elle. Il faut donc suivre l’actualité de minute en minute (et notamment sr facebook) pour savoir s’il est possible de sortir de chez soi… Bon, nous, tout ce qu’on verra de cette violence annoncée ce sont quelques manifestants tranquilles et peu nombreux qui passent en bas de chez Kirthi, mais il semble qu’ailleurs ça se soit passé moins tranquillement…



Du coup, le stage que Sai et Kirthi m’avaient prévu pour aujourd’hui est annulé, et c’est d’autant plus dommage que pas mal des danseurs présents hier à la soirée avaient affirmé vouloir venir. A la place, nous passons la matinée à dormir (en même temps, ça fait du bien) dans le grand lit nuptial que Kirthi, dont le (récemment épousé) mari est actuellement en vacances dans sa famille dans le New Jersey, nous a abandonné pour prendre le petit lit de la chambre d’amis. On en profite pour écrire pour le blog et surfer sur le net aussi. Quant à l’après-midi, comme Kirthi a organisé une soirée chez elle pour le jour-même, il est bien occupé par la préparation de ladite soirée, avec de nombreux va-et-vient : le père de Kirthi débarque, avec sa moustache et son gentil sourire, et Sai, son partenaire (et ancien compagnon), qui est un très bon ami à nous, arrive aussi en milieu d’après-midi. En fait nous avions reçu Sai et Kirthi à Paris à l’époque où ils formaient encore un couple – Yann les connaît donc bien et est plutôt à l’aise avec eux. Et très rapidement, il est aussi à l’aise avec le père de Kirthi et tous ses amis, qui arrivent au fur et à mesure, et qui entament la conversation avec lui en commençant toujours par un « refill » (c’est-à-dire par le resservir en bière ou un whisky). Ca boit sec à Bangalore… mais, on ne peut pas dire le contraire, ça fait tomber les barrières : je n’ai jamais connu Yann aussi anglophone ! Par contre, moi qui ne bois pas autant, je m’ennuie assez vite avec cette jeunesse rapidement torchée, et je finis par aller me coucher avant tout le monde (à 35 ans, c’est plus si rigolo le bourrage de gueule…), après avoir rigolé un peu devant le clip de Gangnam style, que personne ne connaît encore en France et qui commence à faire un tabac en Inde. Du coup je ne découvrirai certains épisodes de la soirée que le lendemain, lorsque Yann me montrera les photos qu’il a faites… étrangement, il y en a qui me font penser au film Dracula, à cette scène où Keanu Reeves se fait mordre/sucer/lécher le cou, les oreilles, les poignets, et toute autre partie de son anatomie qui tombe sous la bouche de trois vampiresses sexy qui le harcèlent (entendez-vous la pointe d’aigreur dans ma voix ?)… bref.

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Dimanche 7 octobre

Etrangement, la femme de ménage de Kirthi pénètre dans notre chambre vers 9 heures du matin, alors que nous dormons, pour venir laver la salle de bains – Kirthi m’apprendra par la suite que comme cette salle de bains a beaucoup été utilisée pendant la soirée pour les conséquences naturelles des gueules de bois et des excès de bière (pipis à côté de la cuvette et vomissures), elle préférait que le ménage y soit fait. Tu m’étonnes. Tant pis pour nos nudités que la femme de ménage a dû voir en passant du coup, j’aime autant me doucher dans du propre. Il y a deux amis de Kirthi qui ont dormi là, et nous sommes donc cinq à nous succéder dans les deux salles de bains de l’appartement. Ensuite on file au studio car j’ai un stage à donner – non sans passer par le MacDo pour le petit-dej. Le stage se déroule bien, les élèves (une trentaine) sont assez enthousiastes ; et à la sortie du cours, Sachin (photographe) et Santosh (salsero), avec lesquels nous avions sympathisé à Ludhiana et qui sont de Bangalore, sont là pour nous emmener déjeuner.

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Et c’est une nouvelle tournée de bières qui s’annonce pour Yann, qui, après déjeuner (c’est-à-dire à 17h), s’en va traîner en voiture avec les garçons pendant que je sieste dans le lit de Sachin, où sa femme, Anitha (spéciale dédicace à ma môman qui saura pourquoi), m’a gentiment installée. C’est un truc que les Bangaloris font a priori facilement ça : on prend la voiture, on s’arrête face à une boutique qui vend de l’alcool et le vendeur vient jusqu’à la voiture prendre, puis apporter, les commandes. Ensuite on fait des tours en voiture en buvant… Ça nous change du Gujarat où l’alcool est radicalement interdit (mais se vend sous le manteau) ! Mais même Yann commence à se sentir un peu nauséeux – la descente française n’est pas à la hauteur de la descente indienne faut croire… On repasse ensuite chercher nos petits sacs chez Kirthi, avec Sai et Santosh, puis ce dernier nous emmène à la gare car ce soir, nous avons un train pour Hampi – un « must-see » selon tous les Indiens que nous avons rencontrés jusque-là (Hampi hein, pas le train). En plus on voyage léger car nous revenons sur Bangalore ensuite récupérer nos bagages que Kirthi va garder dans l’intermède – et ça, c’est un gros soulagement. Et coup de bol – et aussi grosse insistance de ma part – le contrôleur nous laisse prendre deux couchettes ensemble, nous qui avions des numéros de couchettes séparés. Je suis obligée de la jouer un peu « Je ne voyage pas sans mon mari, au milieu d’hommes inconnus » – une notion qui passe très bien en Inde, où il y a même des compartiments spéciaux pour femmes seules -, et hop. Au matin, nous serons à Hospet, et de là – presque à Hampi.



Raconté par Amélie

… ou « On aurait mieux fait d’y aller à pied »…

Le réveil est difficile car nous n’avons dormi que 4 heures, mais le chauffeur de M. Rashid a dormi sur place pour être sûr de se (et de nous) réveiller à l’heure… bon il cogne à la porte de la salle de bains (qui a une porte donnant sur le couloir) en croyant toquer à la porte de la chambre, mais ça marche quand même : nous partons en direction de l’aéroport. Enfin, c’est ce que nous croyons car, en fait, nous nous arrêtons chez M. Rashid, dont la femme tient absolument à nous faire entrer pour boire le thé. Elle est très gentille et souriante mais ne parle pas un mot d’anglais – M. Rashid n’étant pas complètement bilingue non plus, et Yann ne se réveillant tout à fait qu’environ trois heures après avoir mis le pied hors du lit, je vous laisse imaginer l’intéressante conversation qui se déroule… Cela dit on trouve un terrain de discussion lorsque nos hôtes commencent à nous questionner sur notre pays – est-ce que c’est comme ci, comme ça, comme ici… on explique comme on peut. Dans le même temps je m’inquiète un peu de l’heure qui tourne car je ne comprends pas trop pourquoi la pause thé (qui s’avère une pause petit-déjeuner vu le nombre de petits gâteaux servis) dure aussi longtemps. Mais à un moment donné, M. Rashid reçoit un coup de fil qui le met en branle : ça y est, l’avion est affrété, nous pouvons y aller. Il attendait (tout simplement) qu’on lui confirme le retard du vol pour nous éviter d’attendre à l’aéroport… Résultat, notre départ se fait en deux temps trois mouvements ; c’est lui qui gère notre check-in (comme prévu, l’excédent de bagages passe comme une lettre à la poste… à défaut de passer par la poste, haha), et nous lui disons au revoir après avoir promis d’envoyer les photos que nous avons prises ensemble. Par contre la vérification des bagages à main est plus pointilleuse que partout ailleurs – et on me privera même de mon anti-moustiques (ce que je comprends finalement car c’est en quelque sorte une arme de défense). Nous sommes les premiers dans l’avion, avec tout ça… et c’est bien la seule chose qui ira vite aujourd’hui. Car maintenant, nous enchaînons non pas deux, mais TROIS vols (Srinagar-Delhi, Delhi-Bombay, Bombay-Bangalore), avec parfois de longs changements entre chaque vol – et tout cela mal remis encore de notre courte nuit. Bon, le changement non prévu par Bombay a au moins l’avantage de nous permettre de constater que l’atterrissage se fait toujours au bon milieu des bidonvilles…

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