flag France flag English flag Italie flag Espagne flag Allemagne flag Chine flag Japon flag Emirats Arabes Unis flag Inde

Au menu



Au hasard :



29 septembre 2004

La Mandragore : Compositions Rock Californien, Blues

Une rentrée pleine de changements…

:: Lire la suite
27 août 2012

Namasté India !!!

Aujourd'hui, nous quittons le Népal pour l'Inde.…

:: Lire la suite
11 juin 2007

Coup de coeur : The Cat Empire

Prenez un chant « Hip Hopisé…

:: Lire la suite

20 mars 2011

Ecosse, Ile de Mull, Sea life surveys

île de Mull, Écosse, Juin 2010. Si vous souhaitez…

:: Lire la suite
28 janvier 2005

BLOOFONK devient GROOVY ‘ S : Reprise Funk Soul

La formation n'est toujours pas définitive. Nous…

:: Lire la suite
1 juin 2004

Association Les Ménestrels : 4ème festival !

Le 4ème festival des Ménestrels…

:: Lire la suite
4 juillet 2011

Nouveau design pour photomatisme.fr

Ca y est, la première version de Photomatisme disparait…

:: Lire la suite
7 avril 2010

Marlena Shaw, a woman of the ghetto

Lundi 29 mars au New Morning, c’était la soirée…

:: Lire la suite
24 août 2012

Durbar Square et Durbar Square bis

Aujourd'hui, c'était la journée thématique "Durbar…

:: Lire la suite
30 septembre 2005

Coloriage : nouveau projet musical

C'est le nom d'une nouvelle…

:: Lire la suite

… ou « On aurait mieux fait d’y aller à pied »…

Le réveil est difficile car nous n’avons dormi que 4 heures, mais le chauffeur de M. Rashid a dormi sur place pour être sûr de se (et de nous) réveiller à l’heure… bon il cogne à la porte de la salle de bains (qui a une porte donnant sur le couloir) en croyant toquer à la porte de la chambre, mais ça marche quand même : nous partons en direction de l’aéroport. Enfin, c’est ce que nous croyons car, en fait, nous nous arrêtons chez M. Rashid, dont la femme tient absolument à nous faire entrer pour boire le thé. Elle est très gentille et souriante mais ne parle pas un mot d’anglais – M. Rashid n’étant pas complètement bilingue non plus, et Yann ne se réveillant tout à fait qu’environ trois heures après avoir mis le pied hors du lit, je vous laisse imaginer l’intéressante conversation qui se déroule… Cela dit on trouve un terrain de discussion lorsque nos hôtes commencent à nous questionner sur notre pays – est-ce que c’est comme ci, comme ça, comme ici… on explique comme on peut. Dans le même temps je m’inquiète un peu de l’heure qui tourne car je ne comprends pas trop pourquoi la pause thé (qui s’avère une pause petit-déjeuner vu le nombre de petits gâteaux servis) dure aussi longtemps. Mais à un moment donné, M. Rashid reçoit un coup de fil qui le met en branle : ça y est, l’avion est affrété, nous pouvons y aller. Il attendait (tout simplement) qu’on lui confirme le retard du vol pour nous éviter d’attendre à l’aéroport… Résultat, notre départ se fait en deux temps trois mouvements ; c’est lui qui gère notre check-in (comme prévu, l’excédent de bagages passe comme une lettre à la poste… à défaut de passer par la poste, haha), et nous lui disons au revoir après avoir promis d’envoyer les photos que nous avons prises ensemble. Par contre la vérification des bagages à main est plus pointilleuse que partout ailleurs – et on me privera même de mon anti-moustiques (ce que je comprends finalement car c’est en quelque sorte une arme de défense). Nous sommes les premiers dans l’avion, avec tout ça… et c’est bien la seule chose qui ira vite aujourd’hui. Car maintenant, nous enchaînons non pas deux, mais TROIS vols (Srinagar-Delhi, Delhi-Bombay, Bombay-Bangalore), avec parfois de longs changements entre chaque vol – et tout cela mal remis encore de notre courte nuit. Bon, le changement non prévu par Bombay a au moins l’avantage de nous permettre de constater que l’atterrissage se fait toujours au bon milieu des bidonvilles…

no images were found



Haut de page

Jeudi 4 octobre

Hier nous avons donc dîné chez le Chief Justice du Cachemire. Notre chauffeur nous a d’abord amenés à la guesthouse où M. Rashid nous attendait. Notre chambre est sommaire mais propre et chaleureuse (au sens propre, plus chaleureuse que l’hôtel de Perhagam !) et c’est aussi un Sikh très gentil et serviable qui la gère. Bon, notre statut d’invités du Chief Justice rend peut-être tout le monde autour de nous hyper gentil et serviable il faut dire… difficile de juger. Mais à ce moment, le Chef Justice, nous ne l’avions pas encore rencontré… et c’est un peu catastrophés par notre look de routards – et en nous en excusant beaucoup – que nous nous sommes justement rendus chez nos hôtes. Il y avait là Misha, sa sœur et sa mère, que nous connaissions déjà – et puis son père, le fameux Chief Justice, un homme très bienveillant avec un bon sourire et qui nous a rapidement mis à l’aise – surtout lorsqu’il a découvert que Yann était en mesure de l’accompagner au whisky. Et puis un autre juge est arrivé ¬- tout aussi gentil et amateur de whisky -, accompagné de sa femme et d’une amie… un Sikh encore (le Cachemire serait-il une annexe du Pendjab ?), mais qui, dès qu’il apprend que je m’intéresse au Sikhisme, s’est très rapidement dédouané en m’expliquant en rigolant que malgré sa barbe et son turban, il n’est qu’un faux Sikh – en gros, qu’il n’y connaît rien en sikhisme. Par contre, la jeune femme qui les accompagnait, lui et son épouse, s’est convertie au sikhisme pour épouser son mari, et nous avons discuté un instant elle et moi. Pour vous décrire un peu l’environnement dans lequel nous nous sommes retrouvés, avec nos fringues de pouilleux (par exemple nos chaussures… moi j’avais le choix entre mes sandales et mes baskets, et le temps ne me permettait pas vraiment les sandales voyez-vous ; et nous avions tous les deux opté pour le confort de nos pulls en polaire… classy donc) : imaginez une magnifique maison blanche (de fonction), située dans un grand jardin dont la porte est surveillée en permanence par des gardiens (il faut montrer patte blanche pour entrer) ; avec une entrée où un serviteur vous accueille d’une révérence (mais sans dire un mot) en vous présentant un plateau de boissons, puis vous fait passer au salon – au premier salon devrais-je dire, décoré d’un plafond en boiseries et agrémenté de canapés et de fauteuils sur toutes ses faces – même si la distance d’un mur à l’autre est d’environ quatre mètres (ce qui fait que votre interlocuteur se tient donc à bonne distance de vous) ; avec une hôtesse et ses invitées en salwar kameez de grand couturier et un hôte et son invité en costards, et un serviteur qui fait des allers-retours silencieux pour vous présenter les différents plateaux de l’apéritif en toute discrétion, histoire de ne pas perturber la conversation… tout à fait le monde dans lequel nous sommes habitués à évoluer. Mais on s’adapte, et ce d’autant plus que nos hôtes étaient très gentils et souriants, et qu’on a même pu blaguer avec eux (les blagues, c’est la french touch, faut pas déroger à notre réputation !). Après l’apéro (délicieux d’ailleurs, le cuisinier est excellent… ben oui, il y a un cuisinier !), nous sommes passés à la salle à manger, où un buffet était servi sur la table. Nous avons donc mangé debout autour de la table – esprit réception. Nos hôtes ont eu à cœur de nous préparer des plats locaux, il y avait donc du mouton (la viande la plus courante chez les musulmans) et différentes préparations plus ou moins épicées. C’était très bon mais nous n’avons pas pu nous resservir autant qu’ils l’auraient voulu ! Tout le monde était très content, du coup le juge sikh nous a tous invité à venir dîner chez lui le lendemain – donc ce soir. Et après le repas, nous avons terminé la soirée entre « jeunes » (ahum… Misha a 24 ans et sa soeur 20 !) à discuter notamment de cette tradition du mariage arrangé qui reste monnaie courante en Inde… Nous sommes partis à 1H, crevés.

Ce matin nous avons rendez-vous avec Misha et l’éternel M. Rashid pour une visite de Srinagar. La nuit a été courte mais plutôt confortable, mais ce matin la salle de bains nous fait bien rire : elle est grande et tout à fait propre, mais elle possède des fenêtres (dont l’un des carreaux est cassé) qui donnent sur… la salle de bains de la chambre voisine ! Bref, pour l’intimité c’est pas trop ça, mais elle a l’eau chaude (elle !), et franchement pour le prix (500 roupies), c’est nickel. Je prends donc ma douche « avec » le voisin, qui chantonne en se lavant sur les titres pop qui passent dans le même temps à la radio ; tout cela est charmant. Comme la guesthouse est située dans un très joli jardin fleuri, Yann s’empresse d’aller faire quelques photos en attendant Misha, qui doit venir nous chercher mais qui est en retard (grosse dormeuse, la Misha…)… au final, c’est nous qui irons la chercher dans la voiture de M. Rashid, pour commencer notre excursion dans Srinagar.

no images were found





Misha nous a organisé une petite visite qui se terminera par du shopping – je m’en réjouis d’avance ! Nous commençons par le lac, qui nous charme immédiatement. Nous nous arrêtons d’abord pour visiter un kettuvalom, ces bateaux-maisons devenus des hôtels 4 ou 5 étoiles, et dont nous pensions qu’ils étaient l’attribut du Kerala, cette région du sud de l’Inde où nous nous rendons dans quelques jours. Mais non, il y en a aussi au Cachemire, et nous en visitons rapidement un… de quoi confirmer que ça n’est pas dans nos moyens !

no images were found





Notre balade à nous se fait en s(h)ikkara, la barque locale. Certes, c’est très touristique (même si les touristes sont surtout indiens), mais nous ne sommes pas nombreux à nous promener sur le lac en semaine à cette heure-ci, et du coup, sitôt que nous nous éloignons un peu de la rive la plus proche de la route, où se tiennent les barques des marchands de bimbeloteries, la promenade devient on ne peut plus paisible. Nous passons au milieu des villages flottants de pêcheurs qui cultivent le lotus, croisons des écoliers qui viennent de finir la classe et rentrent chez eux en barque, des paysans au travail, et beaucoup d’oiseaux qui se cachent dans les feuilles de lotus et de nénuphar… C’est ravissant, et perturbé seulement par instants par le bruit d’un bateau à moteur. M. Rashid rame en tête de bateau, pendant que le « capitaine » rame à l’arrière ; Misha donne un coup de main pour s’amuser, et Yann et moi trônons comme des rois sous le dais rouge qui surmonte le bateau. J’ai même droit à une fleur de lotus pour jouer les apsaras en me couronnant de cette parure aquatique… une princesse on vous dit ! Et puis je suis contente car j’ai récupéré l’appareil photo que nous avions laissé à Chandigarh, qui finalement fonctionne encore – donc je peux refaire des photos, enfin ! Quant à Yann il a déjà l’œil collé à l’objectif, en photographe-ornithologue qu’il est… On voit quelques Indiens s’essayer au ski nautique, et on passe au milieu de pétales de fleurs qui ont été jetés là pour la réception d’un officiel qui s’est tenue la veille, et qui surnagent encore sur l’eau transparente… Au bout d’une heure nous nous arrêtons sur une petite île appelée « l’île aux quatre arbres » (euh… parce qu’il y a quatre arbres dessus, c’est très élaboré comme nom) pour y boire un chai (une institution en Inde, le chai – thé – aux épices…)… Nous y oublions un peu le temps, et du coup coupons court à la promenade pour pouvoir continuer nos visites. En quittant le lac, on constate que c’est l’heure de la sieste… ils dorment tous dans leurs bateaux ! La chicha attendra…

no images were found



Ensuite nous passons dans un magasin gouvernemental d’artisanat local, histoire d’admirer la production kashmiri. On y aperçoit aussi deux tigres blancs empaillés (pauv’bêtes), dont l’un a été reconstitué avec des oreilles… comment dire… bizarres. Néanmoins, M. Rashid nous recommande de ne rien acheter ici car il connaît les bons coins… et en effet, comme nous manifestons notre goût pour les objets en papier mâché (ce qui, au passage, se dit « paper mâché » en anglais, ce qui nous a bien fait sourire), il nous emmène chez son cousin, qui nous vendra tout au prix coûtant ! Ensuite, nous grignotons car nous avons raté l’heure du déjeuner, et nous finissons dans les boutiques de pashminas sans lesquelles une excursion au Cachemire ne serait pas complète…

no images were found



Le seul point noir de cette journée, c’est notre passage à la poste – rappelez-vous, nous avions 15 kilos de bagages (euh… de shopping) à renvoyer en France, et nous n’avions pas pu le faire depuis Chandigarh. Du coup c’est M. Rashid qui s’y colle, et ce n’est pas peu dire qu’il va fournir tous les efforts possibles pour réussir à obtenir une réponse aux questions suivantes : cela est-il possible ? et combien cela coûte-t-il ? Mais face à l’impossibilité d’avoir une réponse claire (on aura droit à trois tarifs différents, et finalement à l’explication suivante : « Ca ne se fait que les lundi et mardi et la personne qui s’en occupe n’est pas là »), nous repartons Grosjean comme devant avec nos bagages sous le bras (en espérant obtenir une réponse plus tard par téléphone)… au grand détriment des militaires en place à l’entrée de la Poste qui avaient hâte de déballer un par un tous nos objets afin de vérifier si nous n’envoyions pas de la drogue ou des armes à notre famille en France (et je ne suis pas ironique quand je dis qu’ils avaient hâte).

Nous devons passer chez les Kumar pour partir avec eux dîner chez notre nouvel ami le juge sikh-mais-pas-trop. En plus, ils nous ont proposé d’utiliser leur ordinateur et leur téléphone pour vérifier nos emails et appeler nos familles, ce qui est plutôt sympa – même si Yann se désole de trouver toutes les maisons Pagès et Testolin vides… Du coup nous apprenons que Mme Kumar a aussi fait du shopping dans la journée, et qu’elle a des cadeaux pour nous : un pull en laine pour Yann et des pâtisseries pour moi (on se demande vraiment pourquoi !). Bon, on ne peut pas dire qu’on soit mal accueilli, vraiment… et la soirée est à l’avenant, avec encore un apéro et un dîner-buffet délicieux – à l’exception du « bitter goud », un truc abominable du genre concombre super amer dont certains Indiens raffolent… Comme je comprends mal le nom de la chose, que j’entends comme « bitter God », je fais une blague (qui fonctionne quand même) sur le fait que Dieu devait être vraiment aigri quand il a créé ce légume (« God must have been really bitter when he created this vegetable » en V.O.). Une petite série de photos de famille dans le jardin pour ponctuer tout ça, et c’est l’heure de rentrer… Nous devons nous lever à 5h car notre avion est assez tôt (on a deux changements au lieu du changement annoncé au départ, ça va être un long voyage…), et nos bagages ne sont pas faits, haha. Et à minuit, un coup de fil du secrétaire particulier du Chief Justice m’avertit que nous devrons repartir avec nos (désormais 20 kilos de) bagages en trop car la solution « poste » s’avère impossible/trop compliquée à gérer. Mais comme il promet que les 20 kilos ne seront pas facturés (pouvoir du Chief Justice oblige), ce n’est pas vraiment un problème… on ré-essaiera la poste à Bangalore, on n’en est plus à ça près !

no images were found

Raconté par Amélie

Haut de page

Mardi 2 octobre

Avant d’être synonyme de vêtements chics et d’un certain coût, le Cachemire (ou Kashmir) est une région du nord de l’Inde à la fois réputée pour être un « Heaven on earth » pour les Indiens – c’est-à-dire un paradis sur Terre -, et, plus tristement, pour être le théâtre d’affrontements sanglants entre le Pakistan (et/ou des extrémistes musulmans) et l’Inde. En fait, dès la Partition (c’est-à-dire le morcèlement de l’Inde, après son accession à l’indépendance, en deux – puis trois lorsque le Pakistan oriental devint le Bengladesh – pays distincts et autonomes), le Cachemire a été le sujet de disputes entre le Pakistan musulman et l’Inde laïque/hindouiste. Dès le départ, le Pakistan souhaitait que le Cachemire lui soit donné, en raison du grand nombre de musulmans qui y habite, mais les divers gouvernements indiens qui se sont succédés s’y sont toujours opposés. En gros c’est un peu comme lors de la création d’Israël – à-peu-près à la même époque d’ailleurs, tiens tiens… -, les Israéliens réclamant les territoires aujourd’hui dits « occupés », et le découpage final ne tenant pas compte de cette demande. Bref, cette petite explication pour vous dire que le Cachemire, on n’avait pas vraiment prévu d’y aller, pensant que c’était un poil trop tendu pour y jouer les touristes. Et comme nous ne sommes pas (encore) reporters de guerre, qu’aller y faire ? Mais à Chandigarh nous avons fait la connaissance de Misha Kumar et de sa mère, qui nous ont assuré que la région était dorénavant tranquille, et surtout, très belle. Et elles en étaient d’autant plus convaincues que le père de Misha est le Chief Justice de l’État de Jammu & Kashmir, c’est-à-dire, en gros, le magistrat le plus important de l’État – et l’un des plus importants du pays. Du coup, être invités chez eux, pour nous c’est un peu comparable à être invités chez… je ne sais pas, quelque chose entre le Garde des Sceaux et le juge de la Cour Suprême. Bon, quand je dis « invités chez eux », ce n’était pas tout à fait vrai – sans doute compte tenu de la haute fonction du papa -, disons plutôt « invités par eux ». Ce sont les parents de Misha qui ont, aidés par quelques subalternes, organisé tout notre séjour – et franchement, au Cachemire c’est quand même particulièrement bienvenu d’être aidés, car le tourisme ne reprenant que tout juste son essor, et la région étant quand même toujours sous haute surveillance militaire, c’est évidemment beaucoup plus simple de rouler en voiture de fonction ou avec un laisser-passer… excusez du peu !
Mais j’anticipe un poil. Reprenons au début : nous voici à l’aéroport de Chandigarh, avec armes et bagages. Enfin, pas TOUS nos bagages… l’un de nos sacs est parti hier par la route avec les affaires d’hiver de la famille Kumar. En effet, nous avions laissé un sac entier de shopping divers à Chandigarh, dans l’espoir de le renvoyer en France à notre retour de Goa – mais le service postal international de Chandigarh fermant à 14h, et nous, nous étant pointés à 15, nous nous sommes retrouvés avec 15 kilos d’excédent de bagages que nous ne pouvions pas vraiment assumer (financièrement)… Donc ce sac fait le voyage de son côté, et nous essaierons de le renvoyer depuis Srinagar, la capitale du Cachemire. Nous voici donc dans l’avion en ce mardi 2 octobre. Tous les vols directs étaient complets hier, mais plutôt que de partir plus tôt en prenant un vol avec changement sur Delhi (ce qui signifiait retourner au sud pour repartir ensuite plus au nord… un truc super logique), nous avons préféré partir aujourd’hui dans ce tout petit avion qui s’envole depuis la zone militaire de l’aéroport de Chandigarh… on sent que le tourisme n’est pas encore totalement reparti au Cachemire tiens. Pourtant, le paysage qui s’offre à notre vue depuis le hublot est magnifique ; très rapidement, nous atteignons une zone montagneuse que nous survolons d’assez près pour en distinguer toutes les nuances, ainsi que le moindre village. L’excitation grandit…

Nous arrivons rapidement à Srinagar, la capitale de l’Etat du Cachemire. La zone est très militarisée, il y a plus de soldats armés de mitraillettes que nous n’en avons jamais vus ailleurs… la situation est-elle vraiment si stable dans le coin ? Pas rassurant tout ça. Comme nous nous en doutions, il y a un comité de bienvenue dès la sortie de l’avion : un assistant du Chief Justice et son subalterne nous attendent avec un petit écriteau où figurent nos noms, – un peu écorchés mais nous nous reconnaissons tout de même. Ils nous accueillent avec un grand sourire, un bouquet de fleurs et un paquet de fruits – de la part du Chief Justice. Bon, très bien – le ton est donné : nous sommes des VIP. Mais après tout, ne soyons pas surpris ; c’est tous les jours que je suis accueillie avec des fleurs à ma descente d’un avion, voyons. M. Haroon Rashid (pour les amateurs des Mille et une nuits : oui, vous avez bien lu, il s’appelle Haroon Rashid, presque comme le sultan auquel Sheherazade raconte ses 1001 histoires !) nous emmène immédiatement dans le VIP lounge prendre une boisson, pendant que son acolyte, un gentil Sikh, s’en va récupérer nos bagages et passer les formalités à notre place, avec nos passeports. Cool. Pendant ce temps, il nous explique comment cela va se passer : il nous prend en charge dès maintenant et jusqu’à la fin de notre séjour, s’occupant de tout à notre place et réglant les difficultés que nous pourrions avoir. En échange nous sommes tenus de rester en contact téléphonique afin de lui dire où nous en sommes à chaque étape du parcours – car il y a deux étapes prévues dans l’excursion qu’il nous a programmée : nous partons pour Perhagam (ou Palhagam) tout d’abord, où nous passerons la nuit, puis nous nous dirigerons vers Gulmarg afin d’y admirer des paysages qui ont valu au coin le surnom de « Little Switzerland », la petite Suisse (et pas le petit suisse, merci). Mercredi soir, nous serons de retour à Srinagar où nous dormirons dans la guesthouse du Palais de Justice après avoir dîné chez les Kumar. Enfin, jeudi nous passerons la journée à Srinagar avec Misha, et repartirons vendredi matin pour le sud. Il nous faut donc louer une voiture avec chauffeur pour les deux jours à venir – mais c’est M. Rashid qui va se charger de nous trouver la perle rare. En route ! A la grande joie de Yann, pour traverser Srinagar (qui s’avère définitivement pleine de militaires), nous montons tout d’abord dans une voiture de fonction, une vieille Ambassador blanche magnifique nantie d’un gyrophare. La classe. Ce qui est moins classe par contre, c’est l’accueil que me réservent les aigles qui tournoient au-dessus de nous à la station de taxis où nous nous arrêtons pour en réserver un : pour être claire, je me fais chier dessus à peine le pied dehors. Ah c’est sûr que ça a une autre allure de se faire caguer dessus par un aigle que par un pigeon ! Mais ça fait aussi beaucoup plus mal, les aigles étant des carnivores et donc expulsant des matières (vachement) solides. J’en serai quitte (encore) pour un beau gros bleu sur le bras… Bref, nous montons dans une belle grosse jeep très confortable que conduit Gulham Nabi, un chauffeur jovial aux cheveux et à la barbe orange (merci le henné !) qui parle tout à fait bien anglais et qui, comme son nom l’indique (« nabi » veut dire « prophète » en arabe) est musulman. Et vogue la galère !

no images were found

Nous nous extirpons d’abord – relativement difficilement, car il n’y a qu’une route et qu’elle est très empruntée) de Srinagar, mais cela nous permet d’admirer les tailleurs de pierre qui travaillent en bordure de la ville, et les bateaux de pêche qui animent le fleuve – d’ailleurs ce ne sont pas des pêcheurs en fait, mais des bateaux qui ramassent le sable au fond du fleuve. Ca construit beaucoup ici, ils doivent s’en servir pour ça…

no images were found

Nous en profitons aussi pour ouvrir la boîte de fruits offerte au nom du Chief Justice ; on s’attend à des fruits secs et ô miracle ! ce sont des pommes ! De bonnes petites pommes comme en Normandie ! Un vrai plaisir de croquer dans ces fruits, après plus d’un mois en Inde où le goût pur de l’aliment n’existe pas – tout est très cuisiné ici, et transformé à coup de sel, de sucre, d’épices – ou les trois à la fois. Nous apprenons du coup que le Cachemire est un gros producteur de pommes – c’est ça qui doit sembler exotique aux Indiens tiens ! Après quelques heures de route et un arrêt pour déjeuner dans une gargote de bord de route, pas chère et excellente, nous atteignons Perhagam. Sur le chemin, notre chauffeur nous donne autant d’informations que nous en souhaitons – il est loquace et très bien disposé, on peut même poser des questions sur la situation entre musulmans et hindous. D’après lui, tout le monde vit en bonne intelligence dans le pays – les terroristes ne sont (comme d’hab) qu’une minorité. Lorsque nous arrivons à Perhagam nous constatons que Mme Kumar nous a réservé le meilleur hôtel de la ville… bon du coup c’est un peu hors budget, mais nous ne boudons pas le plaisir de la vue que nous avons depuis notre chambre, nantie d’immenses vitrages sur deux de ses côtés, et décorée de bois sous tous les angles – ce qui réjouit Yann, grand amateur de châlets… Nous n’y restons pas très longtemps cela dit, juste le temps d’une boisson chaude traditionnelle, le kehwa (des épices, dont le fameux safran qui, en Inde, ne pousse qu’au Cachemire) infusées dans de l’eau bouillante. Ensuite, nous partons pour une petite balade dans le coin.

no images were found

Mais bientôt la lumière baisse et nous réalisons que si nous voulons faire une promenade à cheval, la grande attraction locale, il faut nous dépêcher. Nous trouvons facilement des poneys (et oui, ce sont des poneys et pas des chevaux), et des guides pour les tenir par la bride – on ne nous laissera pas monter tout seuls, ce qui rassure Yann qui, à ma grande surprise, n’est pas très amateur d’équitation. Il fait même un peu la grimace, une fois assis sur la bête ! Moi je ne commence à faire la grimace que lorsque nous grimpons par un étroit défilé plein de cailloux, où ma monture se tord les sabots à chaque pas. Mais la brave bestiole (qui s’appelle Bahadur, ce qui veut dire « forte ») ne se casse pas la gueule – je lui en suis très reconnaissante. Sur le trajet, des mômes nous courent après pour nous mettre d’adorables lapins dans les bras – espérant sans doute qu’on les achète.

no images were found


Nous débouchons, après trois-quarts d’heure de tape-cul, sur une vallée entourée de collines, visiblement la grosse place touristique du coin. Et c’est là que je commence à avoir mes premiers doutes… en fait, le Cachemire, ça ne ressemblerait pas énormément aux Alpes…??? Mais bon, c’est sympa, il ne fait pas encore nuit et donc pas encore trop frais, et nous rencontrons quelques locaux. Evidemment, tout ça est très orienté commerce, puisque la plupart cherche surtout à nous vendre de vrais-faux pashminas… jolis par ailleurs, même si pas toujours produits sur place ! Même la gamine (Maskhet) qui promène son mouton en laisse le fait pour de l’argent – je lui propose un coca ou une friandise en échange du câlin que j’ai fait à Barkhet, la bébête frisée qui ressemble à la chienne qu’ eue ma sœur pendant quelques années (un mouton qui s’appelle « barquette » ça me fait beaucoup rire, même si je n’ai réussi qu’à l’appeler Blanquette), mais elle me répond qu’elle finance sa famille avec ça. Ah. Fin de non-recevoir, je sors les pièces… et quelques minutes plus tard, nous repartons.

no images were found

La descente est plus facile pour nos chevaux qui sont ravis de rentrer, mais c’est quand même un peu flippant dans certains coins où elle est raide. Ce qui nous inquiète surtout c’est le ciel qui devient très noir, et pas qu’à l’horizon… visiblement ça va nous tomber dessus – et ça nous tombe dessus, juste en arrivant à la cahute de location de chevaux… de la grêle, des glaçons gros comme un poing de bébé ! Pas de bol, il nous reste 500 mètres à faire à pied pour rentrer à l’hôtel… Bref, on arrive trempés. Et c’est d’autant plus désagréable qu’on découvre du coup que notre hôtel « luxueux » n’a pas l’eau chaude, et que le carrelage de la salle de bains (qui n’a pas dû être refaite depuis les années 70), est gelé. Aïe. Ai-je mentionné que l’hôtel s’appelle « Hôtel Woodstock » ? Eh ben à mon avis ce n’est pas pour rien, il a dû être construit à peu de choses près à la même époque que le festival du même nom – si j’en juge par le système électrique en particulier. A ce sujet d’ailleurs, Yann et moi mettons un moment à comprendre comment fonctionnent les interrupteurs ; si l’on allume le couloir en premier, on peut allumer aussi la salle de bains, mais si on allume la salle de bains en premier… ben elle ne s’allume pas en fait. Bon, sur le coup ça nous fait rire, mais ça nous fera moins rire de nous coucher sans chauffage par le froid qu’il fait. Pour tout dire, moi qui d’habitude dors toute nuit, je dors cette fois-ci habillée, avec ma polaire et deux couvertures sur le lit. Et j’ai froid quand même. Brrrr….

no images were found

Mercredi 3 octobre

Un bon point pour l’hôtel par contre : la nourriture est bonne et le service excellent. Ça ne justifie sans doute pas leur tarif de haute saison (nous nous sommes laissé dire que le prix est alors multiplié par quatre), mais c’est très agréable. Hier nous avons dîné dans la chambre, en amoureux, et ce matin, alors qu’il n’est même pas 7 heures, le serveur anticipe nos désirs et se présente à la porte, alors que nous sommes en train de remballer nos affaires, pour nous proposer des boissons chaudes. A 7H30 nous sommes donc à nouveau sur la route. Gulham nous emmène d’abord sur un site voisin, que M. Rashid tient absolument à ce que nous voyions ; bon ça se confirme, c’est les Alpes ici. Les montagnes vert foncé dans le fond et le torrent transparent qui se casse sur de grosses roches grises nous l’assurent. Il n’y a personne à cette heure matinale – même pas le soleil que de hautes montagnes empêchent de rayonner sur cette vallée encaissée. Du coup, on se pèle sérieux et on fait juste un petit tour de dix minutes. Il nous faudrait des passe-montagne en fait…

no images were found

En quittant la région nous traversons des champs où les paysans s’affairent à récolter le riz. C’est la « riz-colte », comme dit Yann.. ; Comme nous manifestons notre intérêt, Gulham s’arrête auprès de certains d’entre eux et nous explique comment se fait la récolte traditionnelle. Il nous fait goûter du riz cru (bof) et nous constatons que chaque groupe de paysans a apporté avec lui sa nourriture, son eau (ou son thé) et… sa chicha.

no images were found


Pour le petit-dej on s’arrête dans la même gargote de bord de route qu’à l’aller, et on en profite pour faire un peu de shopping dans la boutique d’à-côté, qui vend du safran (certifié par le gouvernement, donc théoriquement on ne nous arnaque pas, contrairement à partout ailleurs en Inde) et des fruits secs. Ensuite on traverse plusieurs villages, où le trafic est souvent embouteillé à cause de traversées de ch_vres et de moutons, et dans l’un – trouble in paradise – j’aperçois cette bannière : « Love Islam. Hate America Israel ». Ce sera la seule manifestation d’une propagande islamiste quelconque que nous verrons, mais cet appel à la haine n’est pas plaisant. Ce qui est plus drôle par contre, ce sont les buissons de cannabis qui poussent librement en bordure de route…

no images were found

Il faut repasser par Srinagar pour prendre la route de Gulmarg, et ça veut dire affronter les embouteillages. Néanmoins, au bout d’un moment à être lamentablement coincés parmi ce qui semble être des milliers de voitures, et surtout de camions (on en profite pour relever toutes les maximes bien morales qui ornementent les camions locaux, comme vous pouvez le voir sur les photos), dans une pollution abominable, et à être dévisagés par les locaux (je tente même le voile quasi intégral pour être un peu plus tranquille), notre chauffeur commence à s’inquiéter : là, ce n’est pas vraiment normal comme trafic. Et en effet, un camion s’est renversé au milieu de la route, et le chemin ne sera réellement dégagé que lorsque les riverains auront fini de débarrasser la route des dizaines de cartons qui se sont écrasés partout.

no images were found

Lorsque nous passons enfin Srinagar, la vue devient très jolie. Nous montons de plus en plus haut sur de petites routes de montagne bordées de conifères. Bon, j’avoue que pour ma part, tout ça est un peu décevant. Faire autant de trajet pour me retrouver transportée dans les Alpes, comment dire… mais au moins on respire un air pur et ça fait du bien. M. Rashid (que j’ai régulièrement au téléphone) nous a informés que pour nous rendre à Gulmarg il nous adjoint un policier, que nous récupèrerons à l’entrée de la ville. Il nous rassure immédiatement en m’expliquant que ce n’est pas parce que la zone est dangereuse, mais parce que nous allons être harcelés par tous les vendeurs qui vivent du tourisme dans le coin si nous ne sommes pas accompagnés d’une présence disons… dissuasive. Et en effet, lorsque nous arrivons à l’entrée du site avec notre militaire en treillis et à mitraillette sur le siège passager, nous voyons un vendeur qui courait déjà après notre voiture s’arrêter net et rebrousser chemin. Pour le moins efficace, la méthode ! Nous faisons un petit tour en voiture : c’est vraiment la station de sports d’hiver alpine typique. On croise de nombreux touristes (indiens) sur des poneys ; il y a un golf, de nombreux petits châlets, et surtout… des télécabines, qui sont la grosse attraction du coin. Tout le monde nous enjoint de faire le trajet en télécabines, mais le temps que nous déjeunions (dans un restau tout ce qu’il y a de plus européen dans sa décoration, mi-pavillon de chasse britannique mi-châlet suisse, mise à part une grande peau de tigre accrochée au mur), le ciel se couvre tellement que la vue que nous aurions de là-haut se résumerait à… rien. Et puis bon, ce n’est pas comme si on n’était jamais monté dans des télécabines hein… Donc on se contente des hauteurs où nous sommes – ce qui n’est déjà pas si mal – mais sous un vent tellement froid que nous repartons vite vers la voiture. En tous les cas, ce qui nous semble évident ici, c’est que le Cachemire est une véritable destination touristique pour les Indiens, parce que pour eux c’est différent de tout ce qu’ils connaissent. Pour nous par contre, c’est très loin de ce que nous imaginions (de rudes montagnards en costumes traditionnels qui conduiraient, à cheval, des troupeaux de moutons et de petites chèvres bouclées vers des alpages exotiques côtoyant des plantations de thé) et donc un peu décevant – malgré la beauté indéniable du paysage. Un bon point à noter en faveur du gouvernement du Cachemire cela dit : la campagne anti-pollution dans les montagnes est systématique. L’interdiction de l’usage de sacs en plastique et de tout ce qui contient du polythène est notifiée absolument partout.

no images were found

Gulham nous ramène alors à Srinagar, où nous devons dîner chez les Kumar. Maintenant, le problème qui se pose à nous est le suivant : nous sommes invités à dîner chez le Chief Justice (haute bourgeoisie donc) et… on n’a rien à se meeeeeettre !!!!

Raconté par Amélie

Haut de page

Ce petit article tout court pour vous raconter tout de même nos quatre jours de come-back au Punjab. Vous vous rappelez, le Punjab c’est cette région du nord-ouest de l’Inde où nous avons visité Chandigarh et Amritsar ? Nos amis Varun et Barsha nous y ont rappelés afin de participer au premier festival international de salsa local (enfin, régional) : www.pisf.in

Je figure la touche internationale du casting du festival, puisque tous les autres instructeurs sont indiens, et Yann sera l’un des deux photographes officiels de l’évènement (http://www.pisf.in/artistes.html). Ca nous permet également de revenir dans le nord gratuitement, puisque nous sommes intégralement pris en charge, et de voler, après cela, vers le Cachemire, où Misha, l’une de mes élèves salseras de Chandigarh, a beaucoup insisté pour nous inviter. Bref, c’est un changement dans le programme, et ça rend le parcours un peu incohérent (nous étions déjà bien au sud et y retournerons après cette excursion, alors que le Cachemire est tout au nord de l’Inde), mais les imprévus vont le charme du voyage !
Concernant le festival en lui-même, rien de très palpitant à raconter, à part peut-être aux amateurs de salsa. Nous n’avons rien vu de la ville de Ludhiana, où se tenait le festival, puisque nous avons passé trois jours à y travailler (enfin, franchement, travailler dans ces conditions-là, je rempile quand vous voulez !!!). C’étais sympa de retrouver toute la fine fleur de mes élèves de Chandigarh, toujours aussi anthousiastes et gentils. Je regrette par contre pour ma part qu’on ne m’ait pas confié plus de cours, puisque je n’en avais que quatre à donner – dont deux aux enfants, un truc que je n’avais jamais fait… intéressant, sympa, mais flippant et surtout peu productif, certains petits-bouts étant bien trop petits et trop fatigués le samedi et dimanche matin pour enregistrer quoi que ce soit – mais l’ambiance était particulièrement agréable (comme dans toutes les premières éditions de festivals, avec l’enthousiasme qui les caractérise) et le festival très bien encadré. Et je suis ravie que Yann se soit fait débaucher pour un cours de bachata (je vosu entends déjà demander : « Cékoitèce la bachata ? »… eh ben googlisez tiens) ! D’ailleurs il m’a même invitée à danser une salsa le dimanche soir, si si !!! En plus il a bien sympathisé avec l’autre photographe, Sachin, un jeune homme atteint de sclérose en plaques, et qui s’en sort de façon assez impressionnante pour prendre de très belles photos malgré ses mains quasiment hors de fonctionnement… A noter aussi : le respect dont font preuve les élèves envers leurs professeurs de danse et leurs invités. Pas un qui nous aurait tutoyés ou aurait oubli d’accoler « sir » et « ma’am » à nos noms. R.E.S.P.E.C.T. on vous dit – c’est Aretha qui dit être contente. Donc un grand merci aux organisateurs : Varun et Barsha, Sangita et son mari, et Mika – et à tous leurs chouettes bénévoles. Pour illustrer tout ça voici quelques photos de Yann et un petit aperçu de la presse locale pour vous montrer que je deviens une vraie célébrité ! Vous pouvez retrouver les galeries complètes du festival sur le site approprié, ainsi que sur le facebook de Yann.

no images were found



no images were found



no images were found



DJ Gataloca shimmies

Ah oui ! Et bien entendu, comme d’hab en Inde du nord, les soirées salsa se terminent en bhangra… et comme d’habitude c’est complètement délirant. Les Punjabis sont en transe quand ils entendent cette musique – et cette fois je connaissais quelques mouvements donc j’ai même un peu dansé. Ha !

no images were found



Après le festival nous sommes revenus passer une journée à Chandigarh, où nous avons visité le Rock Garden que nous avions raté la première fois pour cause de tourista… Preet, un jeune sikh que nous avions rencontré sur une aire d’autoroute, nous y a rejoints. C’est LA visite par excellence à faire à Chandigarh ; un artiste un peu allumé a construit et décoré cet immense jardin onirique avec des détritus et déchets divers, puis en a fait cadeau à la ville. C’est assez beau, habité de petites créatures de pierre et de mosaïque… ça fait penser à du Gaudi par moments. Par contre c’est très touristique et du coup, assez peu paisible.

no images were found


Demain, en route pour le Cachemire… Misha et sa mère nous ont dit monts et merveilles, on a hâte !

Haut de page

Lundi

Après un changement à Bombay (l’atterrissage au milieu des bidonvilles est toujours aussi marquant), nous rallions l État de Goa, autrefois enclave portugaise dans l’immense territoire indien. Et pas seulement durant la période britannique mais bien après encore puisque les Portugais n’ont lâché leur (certes petite mais carrément idyllique) colonie qu’en 1963, soit 16 ans après l’indépendance de l’Inde. Et ça se sent, qu’ici on n’est pas tout à fait en Inde ! Surtout pour nous qui arrivons d’Inde du Nord… Notre expérience dans le Gujarat en particulier est très fraîche dans nos mémoires, et le contraste est saisissant… Le taxi que nous prenons à l’aéroport pour nous emmener jusque dans la petite plage du nord où nous avons réservé une chambre (Vagator) longe le littoral : ce n’est que palmiers et verdures tropicales sur le fond bleu soutenu du ciel et de la mer, le tout ponctué des taches de couleurs vives que font les maisons et les temples dans le paysage. En parlant de temples d’ailleurs, si on en voit quelques-uns, ce sont surtout les chapelles et les églises blanches ou bleu pâle, de modèle colonial, qui sautent plutôt aux yeux. Ici les missions chrétiennes ont visiblement réussi leur tâche…

Nous arrivons dans notre bled : ce n’est en effet qu’un micro-village où abondent les guesthouses, les restos et les magasins… tourisme oblige. D’ailleurs dès notre premier pas en direction de la plage le harcèlement des petites vendeuses ambulantes commence ; elles sont gentilles tout plein avec leur discours tout prêt (« Hello baby what’s youre name ? Oh it’s a beautiful name ! My name is Sylvia – ou Sharon ou Monica, n’importe quoi d’américain -… Where are you from ? French ? Français ? Comment ça va, comme ci comme ça… Darling please buy me something… is this your man ? Hey, sir, never let her go okay ? She is great » etc etc…). Bref, elles nous font marrer et du coup on se fait bien proprement dévaliser… En fait elles mettent la mise tellement haut pour les bijoux qu’elles vendent que même en respectant les règles du marchandage et en réduisant le prix des deux tiers on se fait avoir. À Goa, pour le shopping, c’est pas gagné…

no images were found


Au bout d’un (long) moment entre leurs petites pattes avides on arrive à s’échapper pour admirer le coucher de soleil. Comme d’hab c’est joli, même si la plage n’est pas des plus propres (seringues et bouses de vache, on est bien chez les neo-hippies ET toujours en Inde).

no images were found


Puis on s’en va boire un verre chez Tintin, un bar fondé par un fan d’Hergé où nous sympathisons avec Madhu, le serveur, un Indien aussi grand que Yann (une fois n’est pas coutume) et plutôt joli garçon. D’ailleurs sa copine est française, on a les mêmes goûts elle et moi ! Il y a de la bière et du vin, et comme on s’y sent bien on reste aussi dîner. Quand l’addition arrive on se dit juste que nos quatre jours à Goa vont nous coûter plus cher que tout le premier mois du voyage… Allez, c’est parce qu’on le vaut bien. Je dirais même plus : c’est parce qu’on le vaut bien. Je crois qu’à la fin on est un peu saoûl, et c’est ce qui conduit Yann à faire quelques expérimentations vestimentaires et capillaires (enfin… moustachières). Mais bon il ne veut pas poster toutes les photos (pfff, vraiment aucun sens de l’auto-dérision ce garçon).

no images were found


Mardi

Nous déjeunons pas loin de la jolie petite guesthouse où nous dormons dans un bungalow enfoui dans un jardin tropical ravissant. Jessie, la proprio, nous loue un scooter pour que dalle et nous prenons la route – sans casque évidemment, ça ne se fait pas à Goa. Pas grave, ya Jésus peint sur le guidon, nous sommes sous haute protection… C’est normal en fait, Jessie ça rime avec messie. Et puis de toute façon, en bord de mer, le scoot avec le vent dans les cheveux est un plaisir qui ne se refuse pas !

no images were found




Nous remontons le littoral vers le nord, en quête d’une plage sympa. On traverse d’abord Chapora, un petit village adorable, très coloré et dont la plage, avec ses palmiers et ses barques, a l’air sympa au premier abord – jusqu’à ce qu’on s’aperçoive qu’elle sert de dépotoir et d’égout à toutes les maisons qui la bordent. Sur le chemin nous tombons ensuite sur THE cathédrale, Saint-Anthony, située au bord du fleuve Chapora. On boit un coup en bord de mer et on repart…

no images were found


Enfin, un peu plus haut c’est la plage que nous cherchions, à Morjim : propre et quasi-désertique. Mais pas un pet’ d’ombre, et le drapeau rouge qui claque au vent nous avertit de ne pas déconner avec la mer ; elle est de mauvais poil aujourd’hui. On se baigne très prudemment du coup, ce qui ne nous empêche pas de cramer – malgré notre protection indice 30. Les micro-crabes pailletés qui assument le job de terrassiers du bord de mer nous occupent aussi un bon moment – reporters animaliers que nous sommes. Je soupçonne d’ailleurs que c’est en essayant de les filmer que j’ai pris mon plus beau coup de soleil…

no images were found




Ce n’est qu’en partant de Morjim beach que nous nous apercevons qu’un chien crevé gisait à deux pas de notre scooter… eurk.

no images were found


Pour terminer la journée nous montons jusqu’aux confins de l’État de Goa pour aller visiter le fort de Tiracol. Ça grimpe un peu alors on bénéficie d’un superbe point de vue… On traverse un bras de rivière par bac puis on atteint le fort,converti en hotel de luxe. Pas de bol, c’est désert et le bar et fermé… Tant pis, pour le coucher de soleil on s’arrête sur la route du retour dans un bar ou je m’agace un peu ; par trois fois j’essaie de commander une boisson différente, et par trois fois ils me répétent qu’ils ne l’ont pas. Et à quoi elle sert la carte, hein ???

no images were found


On rentre à la nuit, Yann est un peu inquiet car il n’y voit rien et, sans visière, il se bouffe tous les insectes du coin… mais on arrive sains et saufs chez nous.
Le soir nous retournons chez Tintin voir Madhu, c’est un trop bon bachi-bouzouk.

Mercredi

Aujourd’hui nous reprenons le scooter mais nous n’allons pas bien loin… Pris d’une flemme terrible nous traversons juste un peu la campagne (oh ces temples qui ressemblent à des gâteaux de mariage !!!) puis nous nous arrêtons au sud de Vagator, à Anjuna beach, là où tous les touristes de cette période de basse saison se sont donné rendez-vous. Ça n’en fait pas des masses heureusement ! Sur la plage, d’autres petites vendeuses (à moins que ce ne soient les mêmes ?) se disputent les attentions des touristes qui somnolent sur des transats. Le calme n’est troublé que par le passage, au petit trot, d’un troupeau de vaches. Nous trouvons dans le café Lilliput un parfait petit paradis pour glander… surtout pour Yann, qui kiffe le menu. Non, pas les plats au menu… j’ai bien dit LE menu !

no images were found


Bref, journée glande totale jusqu’à 16h, heure de quitter la plage pour la ville et de nous installer à Panjim, la capitale, pour nous rapprocher de Old Goa que nous voulons visiter demain et de l’aéroport où nous devons nous trouver vendredi matin très tôt… Dîner (très) épicé (mais excellent) à deux pas de la guesthouse portugaise et charmante où nous logeons, et hop, au pieu !

Jeudi

Nous commençons par louer, ici aussi, un scooter (mais en ville, ça se fait avec casques), pour nous balader en ville et pouvoir nous rendre librement sur le site historique de Old Goa, à 10km de Panajim. Le Routard recommande une papèterie assez loin hors du centre sont nous décidons d’aller y faire un tour. Que nous a-t-il pris là !!! Les indications du guide sont réduites au plus simple (« à côté du terrain de foot ») et les ennuis commencent justement à partir du terrain de foot… Nous nous égarons dans des rues transversales, dans une colonie tout entière (une colonie, c’est-à-dire un quartier clos) et personne ne semble connaître cette satanée papèterie ! Au final il me faut les appeler car on ne s’en sort pas. Et évidemment comme c’est une journée maudite, on se fait une panne d’essence au retour… heureusement en centre-ville.

no images were found


Un déjeuner bien mérité dans une sorte de boulangerie, et en route pour Old Goa, la capitale portugaise de la grande époque coloniale, désormais abandonnée et dont la plupart des (nombreuses) églises sont désaffectées. C’est plus un site archéologique en fait, où certaines églises sont parfaitement entretenues et d’autres totalement en ruines ; mais la cathédrale du Bom-Jesus, qui contient le corps de Saint-François-Xavier, reste un haut lieu de pèlerinage. Tous les je-ne-sais-plus-combien d’années, en décembre, le cadavre est même sorti de son cercueil et exhibé aux dévots adorateurs. Un peu écoeurant à mon sens, mais visiblement ici il y a un goût pour le macabre qui nous dépasse un peu (voir le Christ sanguinolent qui trône dans la même cathédrale). C’est amusant par contre de constater que les Indiens couronnent de fleurs les saints et dieux chrétiens comme ils le font avec les dieux hindous, et se déchaussent en entrant dans les églises, comme cela est prescrit dans les temples hindous et bouddhistes par exemple.

no images were found


Pour terminer cette visite d’Old Goa nous montons jusqu’à l’église la plus haute, histoire d’avoir un point de vue, surtout pour l’éternel coucher de soleil que nous ne voulons pas manquer… C’est magnifique ! On se croirait au Brésil avec cette forêt tropicale qui moutonne jusqu’au fleuve et les clochers qui s’en échappent…

no images were found


La fin de la journée se passe dans un bar de Panjim, à profiter une dernière fois des bières et du vin rouge qu’on n’est pas sûr de revoir de sitôt… C’est pas qu’on soit alcoolique, mais ça nous avait manqué, surtout au Gujarat où l’alcool est interdit ! Demain, départ à 5h pour retourner en Inde du nord… on vous expliquera ça bientôt. En tous les cas, Goa s’est avérée une halte très douce et un peu honteuse (ben oui, quoi, on n’est pas parti en vacances non plus !), mais tout à fait bienvenue après un mois de crapahutage épuisant au Népal et en Inde du Nord. C’était parfait.

Et donc, maintenant, vous nous dites: « Merci pour ce bel article ». Et nous vous répondons : ben ya pas de Goa !

Raconté par Amélie

Haut de page

Vendredi

Le bus de nuit pour Indore s’avère moins épuisant que le dernier en date, mais ce n’est quand même pas un voyage de rêve. Du coup, à 7h du matin, nous arrivons un peu cassés à la station de bus d’Indore, où mon amie Mayuri, professeur de français à l’Alliance française, vient heureusement nous chercher en voiture. Depuis que nous nous connaissons (4 ans déjà !), Mayuri n’a eu de cesse que de me faire venir à Indore afin de me faire découvrir à la fois sa ville, sa région et SON Alliance française. C’est pourquoi Indore s’est retrouvé dans notre parcours, alors même que nous ne savions absolument rien du patrimoine de cette ville… Mais c’est en tout cas un vrai soulagement, après ce trip épuisant dans le Gujarat, de nous remettre entre les mains d’une jeune femme parfaitement francophone et qui a à coeur de très bien nous recevoir.
A notre arrivée chez Mayuri, le livreur de lait est là ; elle lui en achète plusieurs litres tous les matins car la famille est nombreuse (une famille de neuf personnes quand même : Mayuri et son mari Ajay, le frère d’Ajay, sa femme et leurs deux enfants, et le père des deux frères, ainsi que de deux de ses soeurs restées célibataires), et végétarienne ; le lait et les produits laitiers (ils fabriquent leur propre yaourt et leur ghee, une sorte de beurre clarifié) sont donc très importants dans leur alimentation.


Mayuri nous montre notre chambre et nous prenons une douche avec… ravissement on va dire, le terme n’est pas trop fort, avant de redescendre au rez-de-chaussée pour une prière familiale à Ganesh, le dieu à tête d’éléphant (dont le festival vient de commencer), à laquelle nous sommes conviés à participer – attention vidéo à l’arrache mais rigolote ! – ; puis dans la salle à manger pour un petit-déjeuner avec Mayuri et son mari Ajay. Les trois hommes de la famille sont avocats, et tout le monde est debout très tôt ici. Mayuri elle-même se lève à 5h du matin tous les jours – ce qui nous épate bien évidemment…


no images were found


Mayuri nous annonce alors qu’elle nous a d’autorité réservé un ravissant hôtel au bord d’un lac, à deux-trois heures de route d’Indore, dans cette petite ville de Mandu dont elle affirme qu' »elle est très romantique après la mousson » -, c’est son cadeau de bienvenue pour nous. Nous avons deux heures pour nous reposer et puis nous repartons vers cette petite cité médiévale, en taxi et à ses frais. C’est une très jolie surprise ! D’autant plus que Mandu s’avère une visites des plus agréables : quiétude, proximité avec la nature, vieilles pierres chauffées par le soleil, bergers et chèvres… une excursion charmante qui nous transporte littéralement dans le passé, au temps de la splendeur musulmane médiévale (palais et mosquées). De notre bungalow nous avons vu sur un lac très paisible où fleurissent les nénuphars… bon OK, ya du moustique et ça noircit un peu le tableau, mais on commence à être habitués. Au-dessus de nos têtes, de grands singes passent en criant, et une chienne très conviviale nous accompagne dans notre promenade au coucher du soleil…

no images were found


Samedi

Nous finissons le séjour à Mandu par la visite du plus grand palais local, composé de plusieurs bâtiments séparés par des étangs et agrémentés de bassin. l’un d’entre eux était le palais des amours du sultan – un fieffé baiseur si je puis me permettre, qui s’est fait construire cet espace spécialement pour y profiter de la vie avec ses nombreuses maîtresses. Au bord du bassin dédié à ses plaisirs il n’est pas difficile d’imaginer les fantômes du prince et de ses concubines échappées du harem le temps d’un moment de plaisir avec leur seigneur et maître… enfin pour qui a un peu d’imagination.

no images were found


Après cette excursion à Mandu, nous revenons vivre en famille pendant les deux jours suivants. Mayuri nous a aussi programmé une conférence de presse / session interactive avec ses étudiants au Café Palette, un café artistique comme le nom l’indique, pour une rencontre informelle dédiée à l’art et à la culture. Yann disserte ainsi de photographie (plusieurs jeunes sont très intéressés car ils pratiquent eux-mêmes la photo en amateurs), et moi de danse et de culture française, devant de jeunes Indiens aussi curieux de nous que nous le sommes d’eux ! Nous espérons un peu, aussi, aider ces débutants dans la francophonie (enfin… l’un d’entre eux, Hansu, n’est pas débutant du tout, et parle même excellement notre langue, d’ailleurs il l’enseigne) à mieux appréhender une culture à propos de laquelle il subsiste encore tant de clichés… on pense par exemple aux questions stupides de l’un des journalistes, comme « pourquoi les Français sont-ils si sûrs d’eux ? », « pourquoi les Français n’aiment-ils pas les Anglais ? » (spéciale dédicace à Zöe) ou « pourquoi les Français ont-ils tellement le sentiment d’être les meilleurs dans la mode ? » (je crois d’ailleurs qu’à cette dernière question j’ai dû répondre un truc du genre « Mais parce que nous sommes les meilleurs voyons ! » histoire de le conforter un peu plus dans ses a priori quant à notre arrogance… ma soeur, si tu nous lis…). Les étudiants avaient des questions bien plus intéressantes (« Pourquoi les Français aiment-ils tant le fromage ? »), et nous avons beaucoup ri avec eux. Certains ont attendu la fin de la séance pour venir me demander de leur enseigner les « bad words » (les insultes et autres vulgarités). J’en ai donné quelques-uns avec l’accord des profs de l’Alliance – il y a donc maintenant à Indore quelques personnes qui savent dire « putain », « bordel de merde » et « connard » ! Si les photos qui ont illustré la séance dans la presse nous montrent en train d’observer les tableaux exposés dans le Café, c’est parce qu’il y avait une expo dédiée à Ganesh dans le cadre de son festival, Ganesh Chathurti, et les artistes exposés étaient des élèves des Beaux-Arts d’Indore. J’aurais bien acheté l’un des tableaux mais « on » m’a freinée (tortionnaire…).

no images were found





Nous terminons la soirée dans un superbe restau avec Mayuri, Ajay et leurs neveu et nièce, où, comme souvent, nous nous faisons avoir par l’abondance des entrées et ne pouvons goûter à aucun plat de résistance !

Dimanche

Le lendemain dimanche, une journée de visites commence, avec Mayuri, sa collègue de l’Alliance française Sheetal, et le jeune Hansu pour nous servir de guides : d’abord un tour au temple hindou de Ganesh pour une bénédiction matinale parmi la foule, puis au temple jaïn (un très joli temple où les photos sont interdites, hélas pour vous, car l’intérieur est une mosaïque en miroir de toute beauté) ; ensuite la visite d’un palais du XIXème conçu sur le modèle européen, dans le jardin duquel trône une statue de la reine Victoria ; et puis une balade dans un patio joliment aménagé qui appartenait à la famille royale d’Indore.


no images were found


Nous passons par les rues où trônent des Ganesh plus décorés les uns que les autres, et je cherche en vain une jupe de gitane à m’acheter – c’est dimanche et tout n’est pas ouvert. A la place je prends une paire de lunettes de soleil (plus utile). Indore est une ville très peu touristique mais c’est dommage, surtout en cette période de festival religieux où les rues sont animées, et nous ne sommes pas ennuyés un seul instant ! Comme d’habitude, on nous regarde, mais sans doute moins qu’au Gujarat – seul un petit garçon est visiblement très désireux que Yann le prenne en photo avec son bébé chien (Julie), qui n’a visiblement que quelques semaines et qu’il secoue d’amour dans tous les sens (je ne prédis pas une longue vie à ce chiot…). Bon nous tombons aussi sur deux petits mendiants un poil agressifs, qui ne décollent que lorsque nous reprenons la voiture. C’est rare en Inde cette insistance presque violente (ils cherchent à nous arracher nos boissons), d’ailleurs les passants et les commerçants n’apprécient pas et nous avertissent contre ces mômes. On est vraiment mal à l’aise quand on voit ça : donner (pauvreté évidente oblige) ou envoyer bouler (aucun avenir pour ces gosses si la mauvaise habitude de la mendicité qui rapporte est déjà prise) ?

no images were found


En début d’après-midi nous raccompagnons Hansu dans le lycée où il enseigne, et qu’il nous fait visiter… un vache de campus énorme et richissime, où les élèves sont pourris-gâtés (multiples terrains de sport, auditorium, et tutti quanti…). Nous sommes épuisés à la fin de la journée, et passons la soirée tranquilles chez les Assudani – Ajay et Mayuri nous aident à réserver un billet de train en ligne (car c’est vraiment l’enfer pour des étrangers !). Ensuite nous faisons juste un dernier tour en voiture avec Ajay et Mayuri pour admirer les différents Ganesh et réaliser l’ampleur de la fête qui se tient autour des statues. Comme c’est au tour de Yann d’avoir mal au ventre, c’est à lui de goûter le kicheri, ce mélange de riz et de lentilles très léger et digeste recommandé en cas de troubles intestinaux. Pas très excitant mais efficace…


no images were found


Le lendemain nous avons un vol pour Goa, et c’est Mayuri qui nous dépose à l’aéroport après nous avoir béni d’un tikka chacun. Sur le chemin elle nous dit : « C’est la première fois que je recevais des Français alors j’espère que je n’ai pas commis d’impair »…!!! Ca c’est le pompon !!! Ajay et Mayuri nous ont offert une immersion (presque) totale dans le quotidien d’une famille indienne. Nous avons été choyés et traités comme des rois (ou comme des dieux, puisque « Hindus usually say that guests are their gods »), découvrant la culture et la gastronomie locales – même si Mayuri, qui connaît bien la France et les Français, a aussi pris grand soin de nous servir aussi des toasts et des céréales au petit-déjeuner, et des donuts au chocolat en dessert, pour nous éviter l’indigestion de nourriture indienne ! Nous avons même eu droit à une représentation privée de kathak effectuée par le plus jeune membre de la famille (très douée !!!) et sa copine de classe… Et puis, grâce à eux, nous avons aussi découvert Mandu, un vrai coup de coeur.


no images were found


Et maintenant : à nous trois, Goa !!!!

Raconté par Amélie

Haut de page

Mercredi 19 septembre

2H30 AM. Je sens une main qui secoue ma jambe : nous devons « descendre » – enfin, sauter – du bus avec toutes nos affaires. Ca y est, nous sommes arrivés au milieu de… nulle part. Mal réveillés et un peu perdus en plein milieu d’un bled (Chotila), nous sommes livrés à nous-mêmes lorsque soudain un individu nous interpelle dans un anglais parfait. Immédiatement, il nous demande si nous allons à Tarnetar et si nous voulons utiliser sa voiture. Nous demandons combien cela va coûter, pensant qu’il s’agit d’un chauffeur ; pas du tout, c’est en fait d’un photographe embauché par le gouvernement du Gujarat pour immortaliser le festival de Tarnetar. Il s’appelle Dipak, et il voyage avec un cadreur qui s’occupe, quant à lui, de filmer le festival. Ils veulent partager le coût de la voiture, un 4X4 par miracle disponible, afin de se rendre sur le site du festival, à une trentaine de bornes de Chotila. Leur offre est une aubaine car nous ne savions pas trop comment nous y prendre ! Nous montons donc en voiture et là… rien. Nous patientons pendant près d’une demi-heure car le chauffeur veut blinder sa voiture – ce qui ne se produira pas. Plusieurs allées et venues plus tard (ça rentre et ça sort de la voiture en permanence), Dipak trouve un auto-rickshaw disponible. Nous tentons le coup, à six dans le rickshaw avec nos bagages, y compris le matos photo et vidéo des uns et des autres ; ça déborde de partout, et c’est plutôt rigolo au début, mais rapidement inconfortable lorsque nous commençons à circuler sur des routes chaotiques puis des pistes poussiéreuses en plein milieu de ce qui ressemble à un no man’s land… A mi-chemin, une halte bienvenue s’impose : c’est le chai break, la pause thé indispensable aux Indiens. Un boui-boui très animé (il est pourtant 4 heures du matin, mais en Inde, la vie, c’est 24/24) nous accueille, et nous en profitons pour discuter plus confortablement avec nos nouveaux amis. Une demi-heure plus tard nous arrivons sur le site : c’est totalement surréaliste ! Enorme campement sous les lumières encore rares du festival, poussière partout, étendue à perte de vue… A l’entrée du campement, aucun officiel. C’est Dipak qui nous permet d’entrer sur le site, très bien gardé, puisque personne ne possède ici la liste des touristes (en fait, personne ne nous attendait à cette heure-ci…), et il nous propose immédiatement de partager la grande tente attribuée aux journalistes. Nous acceptons très volontiers de prendre un lit de camp chacun. Franchement, on a du bol d’être tombés sur lui ! Le lendemain matin, réveillés à 7 heures, nous allons chercher nos passes et prenons quartier dans notre tente VIP. Il y a tout un quartier en résidence surveillée où son plantées des tentes, certaines dédiées aux journalistes et au personnel essentiel du festival (organisateurs etc…), et d’autres, plus « luxueuses », c’est-à-dire avec l’air conditionné, réservées aux officiels qui feront leur apparition demain ou après-demain, et aux touristes. C’est un vrai soulagement de pouvoir prendre une douche, même quand on partage celle-ci avec des scarabées et des insectes divers !

no images were found



Et c’est parti ! Rapide petit-dej, puis nous partons pour découvrir le festival. Le site est immense et commence avec des espaces sportifs en terre battue (nombreuses manifestations de sports et jeux locaux, dont certains assez violents comme le kabbadi, une sorte de balle au prisonnier sans balle et mâtinée de kung-fu) et se prolonge avec un gigantesque marché situé en plein milieu d’une fête foraine à l’indienne (grande roue, manège, petite funambule…). On y mange des cahouètes et du maïs grillé, et à plusieurs endroits on y danse aussi.

no images were found




Sur la droite, une foire aux bestiaux : les plus beaux spécimens de vaches, buffles et chevaux y sont présentés. Impressionnant ! Beaucoup d’entre eux sont très bien décorés : le stylisme animalier a de l’avenir dans le coin ! Et c’est là qu’on constate, aussi, qu’il n’y a pas qu’un modèle de vache au monde… notez les différentes cornes…

no images were found


Nous sommes venus dans le Gujarat car on avait lu que c’est ici que l’on trouve les gitans indiens, et, en effet, nous ne sommes pas déçus : le coin est radicalement gypsy. Les jupes des femmes, les costumes et les bagouzes des hommes et la prestance des cavaliers nous le confirment.

no images were found


Tout au bout, le temple qui ramène ici tout ce beau monde qui nous entoure, en commémoration d’un épisode mythique de l’histoire indienne (voir plus bas). Et surtout… des milliers d’Indiens !!! Je dirais même : des milliers d’Indiens… et nous, et nous, et nous. En effet, très vite nous nous apercevons que nous sommes les seuls étrangers (ou presque, on croisera quand même un couple d’Italiens) et que notre présence suscite l’excitation dans ce bled extrêmement rural. Elle suscite aussi l’intérêt de tous les journalistes qui s’empressent de nous prendre en photo avec les locaux (à tous les coups on se retrouvera dans la plaquette de l’année prochaine !) et même de nous filmer, pour la télé locale, interviewés par le responsable de la foire à bestiaux.

no images were found


Nous devenons carrément l’attraction numéro 1 de la fête et sommes suivis partout où nous allons par des dizaines d’Indiens pires que curieux, qui réclament souvent des photos – au point qu’un policier (ou même plusieurs) se met lui-même à nous suivre histoire de surveiller les dérapages éventuels. Dès que nous nous arrêtons, des attroupements se forment ; à un moment c’en devient même oppressant : il y a bien une centaine d’Indiens tout autour de nous et pas d’espace pour sortir du cercle !!! Agoraphobes s’abstenir…

no images were found


Au fait, c’est quoi ce festival ? C’est celui des parapluies… Des jeunes gens viennent ici dans leurs plus beaux atours et, surtout, avec des parapluies décorés, dans le but de trouver leur future épouse – on nous raconte qu’exceptionnellement ici et dans ce cas, ce sont les femmes qui choisissent leur prétendant. Bon, on n’a rien vu de tout ça, sauf un ou deux parapluies et quelques jolis costumes… A priori, c’est plutôt dans les villages que ça se passe. Amélie me fait dire qu’il ne faut pas oublier de raconter comment le festival est né : le roi Cucaracha (ou un truc comme ça), pour gagner la main de la princesse Maracuja, a dû participer à tout un tas d’épreuves pour prouver sa force, et a gagné grâce à une démonstration de tir à l’arbalète. [Traduction d’Amélie : dans le Mahabharata, un des livres sacrés de l’hindouisme, on raconte que le grand guerrier Arjuna a gagné la main de la princesse Draupadi dans une épreuve de tir à l’arc. Franchement, c’est exactement ce que j’ai dit…]

no images were found


On passe la journée à se promener, sauf à l’heure de la sieste car la chaleur est monstrueuse : nos fringues sont immondes de sueur et de poussière mélangées, la douche et un peu de repos s’imposent. Nous ressortons de notre tente vers 16 heures pour une rapide balade qui nous permet de constater qu’il y a de plus en plus de monde – et d’ailleurs un peu plus de touristes aussi. En fin de journée nous nous installons devant la scène en plein-air, dans la partie VIP, pour attendre le spectacle ; nous y retrouvons Dipak, prêt à photographier à tout-va. Il nous montre les photos qu’il a prises dans l’après-midi dans les villages alentours : nous aurions bien aimé assister, nous aussi, aux célébrations villageoises. Il n’y a presque aucun public – en tout cas au début car très rapidement, à l’heure où le show commence, tout le terrain se remplit d’une vaste populace excitée – au point que les flics interviendront plusieurs fois, et très lestement : à coups de bâtons… Mais tout se calme lorsque le spectacle débute : démonstrations de danse, de musique, intermèdes comiques en gujarati (on n’a pas bien tout compris…).

no images were found


Et aussi un truc un peu spécial dont on n’a pas retenu le nom : un amusement traditionnel qui repose entièrement sur la prestation d’une sorte de danseur-fakir-dompteur de feu qui porte la moustache mais aussi une jupe et du maquillage féminin… Le grand moment c’est quand même quand, après avoir fait bouillir du thé sur sa tête et nous l’avoir fait goûter (assez dégueu d’ailleurs), il nous a fait monter sur scène (nous étions les seuls touristes à rester en lice, les autres ayant déclaré forfait au moment où les humoristes ont pris la parole en gujarati). Un truc avec lequel nous sommes super à l’aise tous les deux – surtout moi puisqu’il a fallu faire trois pas de danse ! Encore un truc qui a dû passer à la télé…

no images were found


En tout cas, nous avons été ovationnés par la foule en délire : de vraies rock-stars ! Et là-dessus, nous filons nous coucher.

Jeudi 20 septembre

Petit-dej et départ pour une nouvelle balade – qui au final s’avérera relativement courte. Il y a une foule énorme, bien plus importante que la veille, et on circule d’autant plus mal que l’intérêt des gens pour nous n’a pas faibli. Des attroupements se forment, des mouvements de foule se produisent ; nous nous retrouvons au milieu d’une démonstration de dressage de chevaux qui tourne au danger car la populace nous pousse vers l’avant alors que les chevaux nous foncent dessus ! De plus, Amélie commence à se faire pincer méchamment les cuisses et les fesses par quelques Indiens mal intentionnés – ce qui l’énerve d’autant plus que, perdue dans la foule, elle ne peut pas distinguer le(s) coupable(s)… du coup elle m’oblige à me tenir derrière elle en permanence. L’atmosphère est tendue et notre promenade tourne court. Autant quitter le festival.

no images were found


Après le check-out, nous tentons de trouver un moyen de transport. C’est le chaos absolu ! Un monde inimaginable et des bus à foison, mais personne ne semble partir, tous semblent arriver. Impossible de trouver des informations car personne autour de nous ne parle anglais… Nous tombons sur un stand qui fait froid dans le dos : on y tatoue à l’arrache, assis par terre dans la poussière… bonjour les conditions d’hygième !

no images were found


Nous cherchons un rickshaw : aucun à l’horizon. Après une bonne demi-heure de recherches, sacs au dos, dans la chaleur et la poussière, nous tombons sur un homme qui propose de nous aider ; malgré son absence d’anglais il comprend ce que nous cherchons et nous trouve un rickshaw au prix local, sans rien demander en échange – que d’être déposé chez lui, sur le trajet. Contents, nous quittons Tarnetar en direction de Chotila où nous devrions trouver un bus pour Ahmedabad. Sur la route, nous croisons d’énormes convois charriant des Indiens qui se rendent à la fête ; la route est même bloquée par un barrage de police à un certain niveau, et notre chauffeur doit prendre la tangente et passer par la brousse pendant dix minutes. Lorsque nous rejoignons la route, nous nous apercevons qu’elle est bordée par des paysages de bidets, de lavabos et de chiottes en faïence brisés et jetés là. Plus loin, ce sont des murs entiers des mêmes ustensiles, cette fois en bon état et proprement alignés, qui se dressent ; nous comprenons que nous sommes au royaume de tous les sanitaires, là où ils sont fabriqués… Nous dévions pour déposer notre guide, Valjibhai, chez lui ; il insiste évidemment pour nous présenter à sa famille – à TOUTE sa famille : mère, femme, enfants, frères, neveux, nièces, cousins… voisins. Il nous offre très généreusement des boissons (et même des cigarettes pour moi) qu’il envoie son fils acheter spécialement pour l’occasion. Le garçon (Mehul), qui a 17 ans, est allé plus longtemps à l’école que son père et il parle un peu anglais ; il s’improvise donc traducteur. Nous arrivons alors un peu à communiquer.

no images were found


Après une séance photo et échange d’adresses, Valjibhai (qui, lui, a notre âge), qui tient absolument à nous faire visiter son lieu de travail, m’embarque sur sa moto et cale Amélie avec son fils dans le rickshaw. C’est parti pour une vingtaine de minutes de balade – avec un arrêt regonflage de pneus. Et lorsque nous arrivons à l’usine, nous nous apercevons que, bien évidemment, il s’agit d’une fabrique de sanitaires ! Le fils y est l’assistant du père qui, lui, y travaille comme céramiste (et cela suffit à les désigner comme des Intouchables, puisque tous les métiers un peu « honteux » ou « impurs », comme fabriquer des chiottes par exemple, est réservé, encore aujourd’hui, à la catégorie des sans-castes, la classe sociale la plus basse, la moins bien considérée en Inde). Ils nous offrent une visite guidée de leur lieu de travail, avant de nous accompagner encore un moment sur la route où nous restons coincés par un énorme bouchon dû à un passage niveau.

no images were found


A un moment, dans la conversation, Valjibhai nous propose – à moitié en plaisantant, mais à moitié seulement – d’emmener son fils avec nous en Europe pour qu’il ait une meilleure vie… Avec le cagnard qu’il fait, ils s’inquiètent pour nous et nous achètent de l’eau… vraiment très gentils. Ensuite, ils reprennent la route de leur côté et nous continuons jusqu’à Chotila. Sur la route nous croisons encore des locaux excités par notre présence, la plupart d’entre eux dans ces tricycles déjà vus dans le Gujarat, ou entassés dans des rickshaws ou des camions et en route pour le festival. Nous constatons aussi à quel point nous sommes dans une contrée rurale…

no images were found


Enfin nous arrivons à Chotila ; il nous reste cinq heures de bus jusqu’à Ahmedabad, où nous prendrons un bus de nuit jusqu’à Indore après avoir dîné chez Jaghdir… youpi, encore du bus.

Raconté par Yann

POST-SCRIPTUM

A l’heure où nous écrivons cet article – puisque personne n’ignore que nous sommes à la bourre sur le blog – nous avons appris une douloureuse nouvelle. Le jeune Mehul, le fils de Valjibhai, qui nous avait accueillis si généreusement chez lui, a été tué par la police à la fin du festival de Tarnetar, deux jours après notre rencontre. La police a dû intervenir dans un affrontement entre castes qui opposait des Intouchables à des bergers, mais ce sont quatre jeunes Intouchables qui ont été, blessé pour l’un, et tués pour les trois autres. Aujourd’hui la famille de Valjibhai, qui a menacé le gouvernement du Gujarat de suicide collectif si l’affaire n’était pas prise au sérieux, est encadrée par une association de protection des Intouchables et mène une campagne d’accusation contre les policiers qui sont intervenus – notamment l’un d’entre eux, issu de la caste des Csatriya, les guerriers -, qu’elle accuse d’avoir assassiné Mehul. D’énormes manifestations de Dalits (les Intouchables) et de Csatriyas (qui prennent parti pour le policier arrêté) ont eu lieu dans leur village, qui est en quelque sorte sinistré ces jours-ci : ça vire à la guerre des gangs – ou ici, des castes. La justice va s’en mêler afin de déterminer la part de responsabilité de la police dans la mort des jeunes Dalits. Hormis la compassion que nous avons pour Valjibhai et sa femme, pour qui perdre leur seul fils n’est pas qu’une souffrance mais aussi une hypothèque sur l’avenir (compte-tenu du rôle prépondérant du fils dans la prise en charge des parents une fois âgés, les filles étant, elles, données à la belle-famille, et le garçon devant, seul, assumer ses parents), et la peine que nous ressentons à l’idée qu’un si jeune homme soit mort si tôt, nous nous sentons également très choqués par cette violence que nous avons frôlée à Tarnetar. Les castes sont officiellement abolies depuis l’indépendance de l’Inde, donc depuis plus de soixante ans, mais leur permanence est vivace dans l’esprit des Indiens. Tout cela est un abominable gâchis…

Mehul Rathod, two days before the tragedy

Pour ceux que cela intéresse, vous pouvez suivre l’affaire dans l’actualité ou contacter l’association de protection des Dalits qui a pris en charge le cas de la mort de Mehul Rathod.

LIENS

http://www.indianexpress.com/news/than-police-firing-victims–parents-demand-speedy-probe-threaten-fast/1012782/

http://www.indianexpress.com/news/gujarat-minors-among-3-dalits-killed-in-police-firing/1006977/

http://www.indianexpress.com/news/gujarat-firing-4-cops-face-murder-charges/1008459/

http://navsarjan.org/

https://www.google.co.in/webhp?source=search_app#hl=en&sclient=psy-ab&q=mehul+rathod+killed&oq=mehul+rathod+killed&gs_l=hp.3…20762.21870.1.22098.7.7.0.0.0.0.259.1228.0j6j1.7.0.les%3B..0.0…1c.1.3vQE42aZkns&pbx=1&bav=on.2,or.r_gc.r_pw.r_qf.&fp=1d99b217668e25da&biw=1280&bih=685

http://mobilepaper.timesofindia.com/mobile.aspx?article=yes&pageid=2&sectid=edid=&edlabel=TOIA&mydateHid=03-10-2012&pubname=Times+of+India+-+Ahmedabad&edname=&articleid=Ar00202&publabel=TOI

http://english.globalgujaratnews.com/print/cid-probe-ordered-into-than-police-firing/

http://articles.timesofindia.indiatimes.com/2012-09-29/rajkot/34163659_1_mehul-rathod-pankaj-sumra-three-dalit-youths

Amélie et Yann

Haut de page

Lundi 17 septembre

La nuit dans le bus s’avère correcte – autant qu’on peut en espérer d’une nuit de ce genre. Pas de musique casse-bonbons ou de diffusion d’un film bollywoodien à fond les manettes, pas de conversation criée entre les usagers du bus – bref, un silence approximatif (klaxons et bruits de route habituels quand même, faut pas déconner) qui nous permet de trouver le sommeil. Evidemment, le « lit » n’est pas bien large et surtout pas bien long, et comme il n’y a pas d’espace extérieur pour les bagages (ni de soute), nous dormons avec nos quatre sacs. Donc j’ai les pieds en hauteur, posés sur les sacs (en même temps, c’est bon pour la circulation à ce qu’il paraît) et Yann, comme d’habitude trop grand pour les formats indiens, touche le mur avec sa tête et le mur opposé avec ses pieds. Mais on s’en sort et on passe la nuit – un peu rompus quand même à l’arrivée. Vers 5-6 heures du matin je me réveille car le bus est à l’arrêt ; et en voici la raison :


Je trouve ça plutôt sympa, et, de toute façon, j’aime l’Inde à cette heure matinale : elle y est encore paisible. Mais la fatigue a quand même raison de moi et je me rendors. Nous nous réveillons à bon port : ça y est, c’est Dwarka, l’une des villes saintes de l’Inde, située tout au bout du Gujarat, sur une petite péninsule au-delà de laquelle il n’y a plus que la mer… A peine arrivés nous sautons dans un rickshaw pour nous rendre à l’hôtel conseillé par Jaghdir. Hélas, même recommandés par lui, nous peinons à nous faire comprendre (personne ne parle anglais) et visiblement, sans réservation, impossible d’y avoir une chambre. C’est con ; nous voici largués dans une ville inconnue et apparemment peu anglophone, avec vingt ou trente kilos de bagages sur le dos… mais après plus de trente minutes de marche nous finissons par trouver un autre hôtel, sur le front de mer. Les tarifs sont plus élevés que nous le souhaitions, mais franchement, on n’a plus le choix. La chambre donne sur la mer, elle est relativement propre – on va faire avec. Un peu remis de nos émotions – et surtout, après la douche et un petit-dej dans le restau pas très agréable de l’hôtel (une cantine à la lumière au néon, et où l’accueil n’est que moyennement aimable) – nous partons pour découvrir la ville. En fait, Dwarka, c’est tout petit ! La ville est célèbre surtout pour son temple, qui est un haut lieu de pèlerinage pour les hindous. Situé en hauteur, celui-ci surplombe la mer, et la ville se regroupe en fait autour de lui : un marché à droite, un espace de baignade (qui, comme d’hab en Inde, signifie lavoir + salle de bains) à gauche, des vendeurs de bricoles religieuses partout… ça y est, on a fait le tour. Au marché, notre présence fait, comme d’habitude, office d’attraction du jour, mais aujourd’hui c’est particulièrement sympa car cela nous permet de prendre quelques photos de ces paysans qui nous fascinent, car ils réclament eux-mêmes d’être photographiés. Leurs costumes (surtout ceux des femmes, qui ne portent pas le sari mais une jupe, un choli et un grand voile, souvent rouges, ou encore noirs et rouges), leurs bijoux (les boucles d’oreilles énormes des femmes comme des hommes), les turbans (très différents des turbans sikhs) et autres chapeaux masculins ; mais aussi le moyen de transport qu’ils utilisent apparemment le plus (une sorte de carriole très bariolée montée sur un tricycle, le tout estampé Royal Enfield, la marque légendaire de motos indiennes), tout nous plaît, et nous ne savons où donner de l’objectif. Et comme partout en Inde – mais, il nous semble, encore plus que d’habitude -, les vaches sont là… Tout un chacun se fait fort de leur donner un truc à manger (en effet, la vache étant considérée comme sacrée, la nourrir est en quelque sorte une offrande à la divinité maternelle que la vache incarne).

no images were found

Ensuite nous nous attaquons au temple, mais comme les photos sont interdites à l’intérieur nous ne pouvons pas vous en faire profiter… L’ambiance y est assez animée, les dévots attendent visiblement la célébration qui va avoir lieu dans une demi-heure (horaire auquel le temple va fermer aux visiteurs étrangers) ; les hommes psalmodient dans un coin, les femmes chantent dans un autre ; tous sont assis par terre. Certains font la queue pour adorer l’idole et lui rendre hommage (à coups d’espèces sonnantes et trébuchantes ou d’offrandes alimentaires). Nous faisons le tour du temple puis, alors que nous allions repartir, un brahmane (prêtre ou moine) nous arrête pour une petite bénédiction – après laquelle, bien entendu, il réclame rétribution… l’argument étant qu’il faut nourrir les brahmanes. Bon, honnêtement, celui-ci n’a vraiment pas l’air de mourir de faim – il est gras et replet – et nous ça nous emmerde qu’on monnaie les bénédictions. Une bénédiction, ça ne s’achète pas quoi (Luther a déclenché une guerre civile à-peu-près pour ces raisons-là… je suis un peu protestante sur les bords, oui) ! Donc nous affirmons avoir déjà mis de l’argent dans la boîte à offrandes et nous fuyons. On sait, c’est mal. Mais à notre décharge, on a déjà payé l’entrée au temple – et comme d’hab l’entrée pour les touristes étrangers est dix à vingt fois plus chère que pour les Indiens… offrande faite donc. Et surtout, on préfère donner aux vrais nécessiteux – entre autres une petite vieille aveugle qui mendie à la porte du magasin où nous entrons.

no images were found

Dans l’après-midi nous partons avec le chauffeur que nous avions réservé pour faire une bonne balade dans les alentours. Le coin regorge de temples et de lieux sacrés, et il paraît qu’il faut absolument faire une promenade en bateau jusqu’à Bet-Dwarka, une petite île qui est, elle aussi, un haut lieu de pèlerinage. C’est assez confortable car tout cela se fait en voiture, et notre chauffeur sait où aller. Sur le chemin, nous traversons des carrières de sel exploitées par Tata, le géant industriel indien (ici, le pétrole, c’est Tata, les télécommunications, c’est Tata, les voitures, c’est Tata – et visiblement, le sel aussi c’est Tata). Dans le premier temple, une statue moderne, géante et polychrome de Shiva nous arrête quelques instants. Les dévots circulent autour de la statue pour aller toucher le nez de la peau de panthère sur laquelle le dieu trône. Nous y admirons aussi un arbre sacré, orné de fanions colorés – principalement en orange, couleur sacrée de l’hindouisme -, auquel les dévots viennent faire révérence. Dans le deuxième lieu – en réalité une succession de petits temples anciens situés en bordure de rivière – nous passons un peu plus de temps car des femmes m’embarquent à l’intérieur du plus ancien de ces petits temples pour une séance de bénédiction (cette fois purement gratuite, et avec le sourire !) qui m’émeut beaucoup. Leur seule volonté était vraiment de me montrer leur dieu et leur temple et de partager un moment avec moi. J’aime… Pendant ce temps, Yann prend à sa demande des photos d’un monsieur atteint de la lèpre, en m’attendant au bord de la rivière. A ma sortie du temple nous en profitons pour faire une séance de pose avec les dames en question.

no images were found



Ensuite nous prenons la route pour le port ; les pêcheurs retapent leurs filets pendant que les éternelles vaches se couchent pour une dernière rumination… Nous nous dirigeons vers l’embarcadère : c’est toute une aventure de prendre le bateau avec les pèlerins !!!! A chaque instant nous craignons de tomber à l’eau : ça pousse, ça tire, ça double, ça marche sur les pieds… une vieille dame s’accroche à mon épaule, je suis noyée dans la foule. Heureusement, Yann, du haut de son mètre 86, dépasse toujours tout le monde et je ne peux pas le perdre de vue… D’un coup, alors que nous attendons le bateau, surgit une barque réservée par un groupe de touristes français ; leur guide nous reconnaît (il nous a entendu parler français à l’arrivée au port) et nous propose d’embarquer avec eux. Solution de facilité, moins exotique que de faire le trajet avec les Indiens… Yann regrette que nous disions oui, mais difficile de refuser, leur barque a déjà fait demi-tour pour revenir nous prendre… Le trajet ne dure pas très longtemps cela dit, et nous nous séparons sitôt arrivés sur l’île. Une énième visite de temple ne nous disant trop rien, nous en profitons pour nous promener en dehors des sentiers battus pendant environ une heure (campagne et maisons colorées à moitié détruites) – et comme d’habitude, les enfants sont les premiers à nous repérer et à venir nous demander des photos, mais cette fois-ci ils sont vite rejoints par un adulte tout heureux de se voir en photo. C’est l’heure du retour, et cette fois nous comptons bien embarquer avec les Indiens, histoire de vivre l’expérience d’un bateau bondé (allons-nous couler ???) et animé comme on aime. Et en effet, c’est l’occasion d’une série de rencontres et surtout d’une série de photos avec les Indiens et surtout les Indiennes, ravies de poser avec nous. L’une d’entre elles veut même que je pose avec son bébé, Meet (je ne sais pas si c’est une fille ou un garçon mais au moins j’ai le prénom !). D’abord peu rassuré, le bébé en question se met à me faire des sourires… c’est chou.

no images were found

La nuit tombe, et le port devient sombre. Notre chauffeur nous récupère et prend un raccourci pour rentrer plus rapidement. Sur le chemin, un dernier arrêt dans un petit temple à l’heure de la prière, et ça y est, notre journée est terminée…

no images were found

Mardi 18 septembre

Le personnel de l’hôtel s’est avéré très serviable, donc finalement pas de regret quant à ce choix forcé. Mais il est quand même temps de reprendre la route, car Porbandar nous attend, et ce n’est que de Porbandar que nous pourrons rallier Tarnetar. Enfin, même pas Tarnetar, mais Chotila, la « grande » ville la plus proche de ce bled où se tient le festival auquel nous allons assister. A Porbandar, peu d’attractions semble-t-il, mais c’est la ville de naissance du Mahatma Gandhi – donc un lieu saint en soi, aussi, même si c’est plus démocratique que religieux cette fois-ci. Cela dit, il nous faut encore faire quatre heures de bus avant d’arriver… La route est jolie, elle longe la mer en plusieurs endroits, mais c’est encore un bus local où les fessiers morflent et où le trajet semble long comme un jour sans chapati… bref, nous finissons par arriver à Porbandar, totalement morts de faim. Pas un resto autour de nous, argh, comment va-t-on faire ? Nous avons toujours nos bagages sur le dos (mon Dieu, mais heureusement que Jaghdir nous en a gardé la majorité, je n’ose même pas imaginer comment on aurait fait sans lui !!!), et pas prévu de prendre un hôtel ici car nous repartons ce soir même pour Chotila. Et d’ailleurs il faut qu’on réserve nos tickets de bus ! Nous expliquons à un rickshaw-wallah pas très bilingue que nous voulons manger continental (occidental), et il nous dépose devant une épicerie… aïe, on s’est mal fait comprendre. Mais en fait – oh, joie ! – les deux vendeurs (Chetan et Kiran) parlent très bien anglais et ont l’habitude d’aider les étrangers paumés. Un coup de fil plus tard et ils ont réservé nos billets de bus pour nous. Ils nous notent l’adresse de deux restaus et nous expliquent qu’ici les restaus sont forcément dans des hôtels. Enfin, l’un d’entre eux nous emmène jusqu’à l’agence de voyage pour que nous puissions récupérer nos billets. Clairement : nos sauveurs !!! Une demi-heure plus tard nous sommes attablés dans un restau correct, billets de bus en poche. Yes !!! Bon, il ne faut pas non plus s’éterniser, car nous avons quelques visites à faire. Euh, en fait, nous n’avons qu’une visite à faire… et même si elle est intéressante, elle s’avère un peu trop courte pour remplir l’après-midi. Surtout qu’avec les sacs que nous portons ça reste un peu pénible de beaucoup marcher, et qui plus est de gravir les « escaliers » (plutôt des échelles en fait) qui relient entre eux les étages de la maison natale de Gandhi, aujourd’hui accolée à un grand bâtiment de couleur crème qui sert en quelque sorte de musée à la gloire du père de la nation. Donc on prolonge la visite par une balade à la plage – et quelle plage ! Un truc carrément crade voire glauque où traînent quelques gamins pauvres, et où l’horizon dessine les silhouettes de bâtiments industriels et d’usines… Harrassés par les mômes en question, nous finissons par lâcher l’affaire, et vers 17 heures nous sommes de retour dans le même restaurant… et notre bus est à 22h30… ça va être long.

no images were found

La journée s’écoule donc devant l’ordinateur, à boire des lassis et des mango shakes et à grignoter. Ensuite nous passons une bonne heure à attendre le bus, assis dans la rue à côté des chiens les plus pelés, galeux et miteux que nous ayons jamais vus jusqu’à maintenant. Quand le bus arrive, c’est un vrai soulagement d’y monter, même s’il semble beaucoup moins confortable que le premier bus de nuit que nous ayons pris (pas de porte aux cabines mais des rideaux, et un espace moins haut de plafond car les couchettes sont en hauteur au-dessus de classiques fauteuils, contrairement au premier bus qui n’avait que des cabines). Mais bon, depuis quelques jours nous n’accordons plus la même valeur à la notion de confort, alors…

Raconté par Amélie

Haut de page

Dimanche 16 septembre

Il faudrait qu’on arrive à se lever tôt mais c’est franchement difficile – surtout pour Yann qui n’est jamais le premier hors du lit, vu le temps que ça lui prend de dérouiller son dos. Du coup, on arrive en retard chez Jaghdir, à qui nous confions nos bagages pendant nos quatre jours de balade dans le Gujarat. Nous avons un bus de nuit à prendre ce soir, et, dans l’intervalle, il nous emmène à une heure et demie de route d’Ahmedabad, en zone rurale, pour rencontrer les tribus de pasteurs et de bergers dont les costumes nous fascinent (les boucles d’oreilles et les turbans des homme, très différents de ceux des Sikhs, mais aussi les cholis très décolletés dans le dos des femmes, leurs tatouages et leurs multiples boucles d’oreilles). C’est une visite très intéressante et surtout très humaine – on commence à en avoir un peu marre des monuments. Nous rencontrons ainsi trois familles, celles de Raghubhai (monsieur Raghu), Vahabhai (monsieur Vaha) et Labhuben (madame Labhu), qui nous expliquent comment ils vivent au quotidien. Comme d’hab, les enfants sont enthousiastes en nous voyant et réclament des photographies, au point de s’en taper dessus pour être au premier rang… Comme je m’étonne qu’une jeune femme cache soudainement son visage derrière son voile, elle m’explique que c’est à l’approche d’un aîné de la famille de son mari qu’elle agit ainsi, par respect et pudeur. Ledit frère aîné est très fier de nous présenter sa communauté et de nous montrer comment fonctionne le puits que, grâce au financement de l’Etat, ils ont maintenant dans le village. Dans le village suivant c’est un grand-père qui nous accueille ; seuls les femmes et les enfants sont avec lui, les hommes étant partis faire paître leurs bêtes. Enfin dans le troisième, une grand-mère qui garde son petit-fils nous invite à prendre le chai – le thé. Leurs maisons sont, en général, plutôt grandes, souvent construites en dur (ils utilisent plutôt les cabanes pour les bêtes), et ils vivent en communauté – une communauté étant en fait une famille -, entourés par leurs animaux : vaches, chèvres, ânes, buffles, dromadaires, chiens,… et, exceptionnellement, un chaton que je m’empresse de caresser (les chats sont plutôt rares ici).

no images were found

Pour le déjeuner, Jaghdir sollicite la femme de son cousin – car il est lui-même originaire de cette petite ville appelée Nadiad autour de laquelle se situent ces villages que nous avons visités, et y possède beaucoup de famille. Quelques voisins en profitent pour monter nous observer de plus près, dont notamment la jeune Purvi, 13 ans, et son petit frère de 5 ans. Mais quelle pipelette ! Elle ne parle pas trop mal anglais, et du coup se met à nous raconter toute sa vie et à nous montrer ses dessins (qui me rappellent beaucoup ceux que je faisais au même âge) ; elle veut devenir styliste. Jaghdir est obligé de la couper dans son élan pour que nous puissions repartir sans trop perdre de temps. Un petit moment d’émotion a alors lieu, lorsque notre guide, apprenant que nous commencerons une nouvelle vie à notre retour en France (et surtout que pour le moment nous sommes homeless et jobless !), promet de prier pour nous alors que sa voix s’étrangle et qu’il se met à pleurer…

no images were found

Pour finir la journée, Jaghdir nous embarque – littéralement – sur le lac Kaneval, en direction d’une île où vivent – sans électricité – quelques familles de cultivateurs ; elles n’ont pas le droit de faire commerce du poisson du lac, mais ont signé un contrat avec l’Etat afin de commercialiser le lotus qui pousse ici comme du chiendent. Nous arrivons sur l’île alors que la nuit tombe, à temps pour profiter d’un très joli coucher de soleil donc ; Bhimabhai, un jeune homme déjà père de trois enfants, vient nous chercher en barque, et nous ramène une heure plus tard sur la rive opposée. On n’y voit goutte, mais l’ambiance paisible nous a beaucoup plu, et ici, c’est le paradis des oiseaux…

no images were found

Néanmoins, nous avons perdu beaucoup de temps et Jaghdir s’inquiète pour le bus que nous devons absolument attraper ce soir – sachant que nous devons repasser chez lui pour prendre un bagage… Commence alors une course folle pour arriver à temps à Ahmedabad. Jaghdir tente tout son possible pour nous dégoter un bus ou un taxi mais il n’y en a pas – ou plus à cette heure-ci. Il se met à arrêter les voitures et finit par convaincre un conducteur de nous prendre avec lui contre une somme très modique. Nous montons donc dans cette petite voiture où nous sommes serrés comme des sardines… mais on n’a pas trop le choix. A peine descendus de voiture à Ahmedabad, nous sautons dans un rickshaw, que Jaghdir, très stressé (il se fait un point d’honneur à ce que ses clients soient toujours les plus satisfaits possible), pousse à rouler le plus vite possible. Je bondis avec lui hors dudit rickshaw pour récupérer le sac dont nous avons besoin, puis, à nouveau, c’est du rickshaw jusqu’à la station de bus, en mode film d’action… du genre : « Suivez cette voiture » avec flingue posé sur la nuque du conducteur ! Un vrai slalom entre les vaches, les piétons et les deux roues. Sur la route, Jaghdir appelle la station et demande au chauffeur de nous attendre – au final nous n’aurons que cinq minutes de retard, et le conducteur aura accepté de poireauter. Ce n’est pas une nuit très confortable qui nous attend, mais les cabines sont vivables : nous avons un lit double isolé du reste du bus par des portes coulissantes, et la fenêtre ouverte fait office d’air conditionné… à la dure comme à la dure !!!

Raconté par Amélie

Haut de page

Vendredi 14 septembre

Nous sommes arrivés hier à Ahmedabad, mais il faisait déjà trop nuit pour nous que nous puissions avoir une vraie première impression de la ville. Néanmoins, ce qui nous a sauté aux oreilles – et par la suite aux yeux – c’est qu’ici, dans le Gujarat, on ne parle et on n’écrit pas hindi. La langue sonne plus rudement aux oreilles, et l’alphabet est différent. C’est la première différence avec Delhi ou Chandigarh – il y en aura sûrement d’autres. Nous avons pris un petit hôtel en centre-ville ; la chambre est à-peu-près propre, bien que petite et aveugle, mais surtout le service d’étage est efficace et la nourriture, bonne mais épicée, est très copieuse et peu chère. Du coup la soirée s’est passée dans la chambre, devant le Seigneur des Anneaux en version anglaise… nickel. Aujourd’hui nous commençons donc notre tour de la ville par une balade au lac. Sur le trajet, notre rickshaw-wallah s’arrête devant une mosquée médiévale (celle de Rani Sipri) afin que nous puissions rapidement la visiter. Elle est construite dans le même style que de nombreux monuments devant lesquels nous passons, et témoigne de la forte histoire musulmane de la ville. D’ailleurs, la présence de nombreux musulmans atteste que cette religion n’appartient pas qu’au passé d’Ahmedabad – en fait, le Gujarat partage quelques points communs avec son voisin du nord le Rajasthan, comme par exemple le fait que l’Islam soit la deuxième religion de l’Etat. Mais ici, malgré la pollution urbaine très présente (beaucoup arborent un foulard qui leur couvre le visage, notamment lorsqu’ils conduisent des deux-roues, et nous les avons souvent imités), on sent que la ville est très empreinte de ruralité : il y a encore plus de vaches que partout ailleurs, des ânes et de nombreuses chèvres !!!

no images were found

Bref, nous arrivons au lac, un coin assez sympa empli d’oiseaux de toutes sortes – et à mon grand soulagement officiellement interdit aux moustiques (mais il faudra juste me dire comment on force les moustiques à respecter l’interdiction…).

no images were found

Il s’avère qu’il y a là un zoo où nous devrions pouvoir apercevoir quelques lions d’Asie, une espèce en voie de disparition dont les derniers représentants vivent dans une réserve du Gujarat. Mais comme c’est la saison des amours, les parcs nationaux sont fermés, et nous devons nous rabattre sur le pis-aller du zoo d’Ahmedabad pour tenter d’en voir quelques-uns. Hélas, c’est un zoo encore plus triste que les zoos habituels, car les cages y sont minuscules et les félins a priori peu heureux… Le principal intérêt du zoo réside en fait dans le contraste qui existe entre les bêtes prisonnières et leurs cousines sauvages qui se baladent en liberté dans l’enceinte du parc : écureuils, mangoustes, rapaces, oiseaux, singes… Nous apercevons même un chat sympathiser avce un ours, une mangouste engueuler un léopard, et une autre bébête échapper de peu aux serres d’un aigle. Les grands singes nous impressionnent beaucoup ; ils sont agressifs, mais leurs attitudes sont tellement humaines qu’on ne peut s’empêcher de se marrer en les regardant.

no images were found


Comme d’habitude nous sommes les attractions locales – on nous regarde encore plus que les animaux en cage, c’est tout dire ! Une jeune fille, Kalpana, filme même notre rencontre directement dans son ordinateur avec sa webcam…

no images were found

En sortant du zoo nous décidons d’aller visiter la mosquée Jami, située dans un quartier très vivant où se tient un grand marché. Mais nous arrivons à l’heure de la prière et il commence à faire faim (il est 15h), donc nous repartons après avoir simplement fait un tour du marché. Nous achetons d’excellents fruits et je succombe pour du sirop à la rose – un truc que Yann, de son côté, trouve parfaitement dégueulasse.

no images were found

C’est alors que Jaghdir nous tombe dessus. Jaghdir est un tout petit bonhomme d’une cinquantaine d’années (dur de savoir en fait), très gentil et serviable, qui connaît quelques mots de français et nous indique un restaurant – parce qu’ici, les restaurants, il faut les trouver !!! Même du côté de notre hôtel la ville reste très indienne, et les restos qui pourraient nous convenir sont rares. Or, depuis mon aventure de la semaine dernière, je m’interdis toute street food et ce de façon drastique, donc c’est assez galère, ici, de trouver un endroit où déjeuner. Grâce à Jaghdir, nous nous installons donc dans un restaurant correct, et nous en profitons pour réserver ses services, puisqu’il est guide, pour le lendemain. Une bonne chose de faite ! Après cela, un petit tour à l’office du tourisme s’impose ; en effet, le Gujarat est un grand Etat, et nous n’aurons même pas une semaine pour y faire un tour après notre séjour à Ahmedabad, donc il nous faut des conseils afin de choisir notre parcours. Du coup, exit le désert de Kutch, trop loin et compliqué à atteindre – et c’est bien dommage -, nous irons à Dwarka (l’une des villes sacrées du pays), à Porbandar (lieu de naissance du Mahatma Gandhi), et dans un bled appelé Tarnetar, où se tient l’un des plus grands festivals annuels de l’Etat (en commémoration d’un épisode du Mahabharata, précisément le jour où le grand guerrier Arjuna obtint la main de la princesse Draupadi). Ca va faire beaucoup de bus tout ça, mais on n’a pas vraiment le choix…

Samedi 15 septembre

La journée commence par une première visite de mosquée avant d’aller prendre le petit-déjeuner chez Jaghdir ; c’est en effet comme cela qu’il procède. Pour lui, la découverte de la ville passe aussi par la découverte des traditions locales, et inviter les touristes dans la maison qu’il habite – une maison historique puisqu’elle est vieille de deux siècles -, à déguster un Indian breakfast, ça fait partie du jeu. Il est très fier de nous montrer sa maison (une seule question dans nos têtes : mais où est la salle de bains ???) et de nous préparer un thé masala, assis par terre dans sa cuisine, pendant que sa nièce, Helly, fait ses devoirs à côté de nous. Il tartine nos chapati de confiture de mangue (évidemment épicée) et nous fait la conversation avec beaucoup de gentillesse. A un instant pourtant, son visage s’assombrit et les larmes lui viennent aux yeux : il vient d’évoquer sa femme, morte en couches avec l’enfant qu’elle portait… Nous détournons rapidement la conversation… c’est un peu trop lourd pour nous, là tout de suite.

no images were found


Après cela, c’est parti ! La journée voit s’enchaîner les visites ; Ahmedabad est riche en monuments des XIVème-XVème siècles, qui traduisent l’alternance des règnes de souverains un coup musulmans, un coup hindous. Nous commençons par une balade dans le fort, d’où nous pouvons apercevoir le tribunal et les « bureaux » à ciel ouvert des avocats et des greffiers. En montant toujours plus haut dans le fort, Yann se fait, pour la première fois de sa vie, un vertige tétanisant (probablement à cause de la chaleur assommante), et nous restons coincés quelques instants en haut d’une tour à attendre que ça se débloque… flippant. Quant à moi, c’est une journée à thème « fracture » : en voulant descendre d’une plate-forme en pierre, destinée à l’époque aux démonstrations des danseurs venus divertir la cour et où j’ai voulu prendre la pose, je glisse sur un pan de marbre descellé ; Jaghdir me rattrape ; le pan de marbre s’écroule ; je n’ai rien, le pan de marbre est cassé en trois morceaux, le pied de Jaghdir a morflé – le marbre lui est tombé dessus. Bref, j’ai cassé un monument historique, et le pied de mon guide avec… Je suis rouge de honte mais, apparemment, le monument historique on s’en fout – les gardiens, une fois prévenus, ne s’inquiètent que de ma santé et de celle de Jaghdir -, et le pied de ce dernier n’a rien de grave. J’insiste pour l’emmener à l’hôpital, ou au moins à la pharmacie, mais il ne veut rien entendre.

no images were found

Il nous emmène ensuite visiter la mosquée que nous n’avions pu voir la veille, ainsi que les tombeaux avoisinants, ceux de souverains musulmans qui ont régné sur Ahmedabad. Nous en profitons pour refaire un tour dans le marché.

no images were found

Le déjeuner est prévu chez lui également ; l’une de ses quatre soeurs (la mère de Helly) est venue faire la cuisine pour lui et pour nous, et c’est impressionnant de la voir déguster des piments verts à peine revenus dans la poêle, comme si c’étaient des chocolats… Nous esquivons quant à nous la dégustation de piments et nous contentons d’un bon repas végétarien traditionnel, après lequel, très gentiment, Jaghdir nous masse (moi les cervicales, et Yann le dos) avec une huile naturelle de sa composition.

no images were found

Dans l’après-midi nous terminons nos visites par le temple jain d’Ahmedabad, un très joli monument de marbre blanc entièrement sculpté de silhouettes, et notamment celles d’apsaras, des sortes de nymphes dansantes au corps de rêve – par contre les photos sont interdites à l’intérieur… bon, OK, on en a volé quelques-unes… – ; puis par le « shaking minaret », une double tour réputée pour résister à tous les tremblements de terre, et ce grâce à un procédé de construction mystérieux jamais élucidé.

no images were found

Ensuite, c’est retour à l’hôtel pour le dîner – et surtout le coucher : on n’en peut plus !!! Mais cette longue balade a été pour nous un bon moyen de découvrir un peu mieux la ville. et nos premières impressions se confirment : ici, c’est une Inde plus rurale que celle que nous avons pu rencontrer à Delhi, Haridwar; Amritsar ou bien évidemment Chandigarh.

no images were found

Raconté par Amélie.

Haut de page

Copyright © 1998-2011 WHYPY - Thème créé par Yann Pagès/whypy - www.whypy.com